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14 juin 2013 5 14 /06 /juin /2013 14:25

Le jeune loup se tenait nerveux au fond de son siège ; ce siège au tissu usé d'en avoir tant supporté avant lui. Le regard à l’affût, les palpitations de son cœur d'innocent trahissaient ses doutes, mais il restait calme malgré tout. Lui qui sentait bien qu'après ce jour il ne serait plus tout à fait le même, attendait comme les autres que l'ordre soit donné.

Dehors de l'autre côté de la vitre les choses se dégradaient.

Deux cents hommes, c'était tout ce qu'on leur avait donné pour faire face au pire : deux compagnies de cent hommes chacune ou presque. Déjà le premier escadron avait pris ses marques en protection devant les véhicules. Les manifestants devenaient plus agités à mesure qu'ils scandaient leurs injures du système, leurs slogans à la ritournelle bien tournée, leurs mots de protestation qui devaient garantir leur liberté contre ce gouvernement qualifié de corrompu. Ce même gouvernement pourtant élu à la majorité confortable, mais à l’abstention discutable. Leur mission était simple : interdire l'accès au boulevard, faire glisser le cortège d'excités vers la périphérie, loin du centre névralgique de la ville, loin de ceux que ce cortège illégal prétendait faire plier.

« Nous avons assez discuté. La décision est sans appel et toutes les mesures pour garantir un reclassement ont été prises. Une page est tournée et il faut aller de l'avant. » Ainsi avaient été les mots qui avaient déclenché la fronde des révoltés et la surdité des politiques.

Pour l'heure, les pensées de notre héros se fracassaient sur l'autel de ses interrogations. Serait-il à la hauteur ? Lui qui à peine un an plus tôt sortait du cocon familial pour partir, appelé par le sens du devoir vers cet ailleurs meilleur, pour connaître la vie et éprouver ses capacités. Parviendra-t-il à faire ce qu'on attend de lui ? Réussira-t-il à prendre sa place au sein de l'unité ? Et tant d'autres questions qui se résumaient toutes à connaître ses aptitudes dans l'action.

Ils étaient cinquante dans ce vieil autocar déjà dépassé par l'âge de la retraite, mais que l'on rafistolait tant bien que mal, que l'on poussait jusqu'aux limites de l'impossible parce que les budgets, cette année là encore, avaient été réduits ; alors il fallait faire durer le matériel vaille que vaille. À l'intérieur les hommes patientaient, harnachés dans leur armure : pantalon, veste et chaussures ignifugées, gilet kevlar, plastron, jambières et autres protections aux bras qui n'avaient rien à envier aux chevaliers d’antan, si ce n'est les matières, plus moderne sans doute. Seuls les casques et les gants prenaient la liberté de s'enlever ; ils se posaient sur les genoux, à terre entre les jambes ou encore en équilibre au-dessus de leur tête dans un logement inadapté, car trop petit, pourtant prévu à cet effet. Cependant notre jeunet avait gardé le sien sur le crâne, la visière relevée, les mains enveloppées dans ces gants rembourrés. Il se voulait être prêt, ne pas être pris au dépourvu, à la grande hilarité de ces camarades qui avaient bien tenté de le lui faire retirer en prétextant que cela lui donnait un air de lapin crétin cosmonaute. Il avait tenu bon et les quolibets avaient cessé à sa grande satisfaction. Puis il s'était mis à suer à grosses gouttes sous son armet à mesure que l'attente ce prolongeait, mais il était resté stoïque. Il ne voulait pas perdre la face. Il patientait.

Pour les autres, ils en allaient tout autrement. Dans une atmosphère confinée, la température en constante augmentation à mesure que les heures passaient, certains somnolaient simplement tandis que d'autres, en minorité, sciaient gaillardement les bûches dans l’indifférence générale. Les éveillés s'acharnaient sur leurs Ipod, Ipad et autres Iphone dernier cri tandis qu'au milieu résistaient deux lecteurs adeptes du roman papier. Les plus aguerris manifestaient leur insouciance par un jeu de tarots aussi indispensable dans leur déplacement que le sel en cuisine. Le plus étonnant est qu'ils parvenaient toujours à s'organiser une partie en dépit de l’exiguïté des lieux. Ainsi, ils réussissaient en toutes circonstances à trouver une place où jeter les cartes dans une chorégraphie à toute épreuve qui les confirmait au génie. Et du génie, il en fallait pour réussir un tel placement au milieu du capharnaüm organisé qui s'accommodait plus de la boîte conserve que du voyage touristique. À l'ajout des hommes en cuirasse, le reste de l'équipement individuel devait trouver sa place : matraques qui traînaient où elles pouvaient à la portée de chacun, boucliers savamment disposés le long de l'allée centrale qui devenait un passage étroit que l'on évitait d'emprunter, pistolets qui se gardaient à la ceinture en garantissant un inconfort certain, et pour les grenadiers : un fusil lance-grenade qui n'avaient d'autre place qu'entre les jambes, dressé à la manière d'un phallus menaçant. Tout cela semblait participer à un joyeux désordre qui pourtant était étudié avec soin.

Le louveteau de la troupe restait sur sa nervosité, occupant ses doigts en taquinant, un rien fébrile, la queue de détente de son fusil serré à l'entrejambe. Car il était, lui, l'un des quelques privilégiés à devoir assurer le lancement des lacrymogènes. Il avait accueilli cette nomination, résultat de ses excellents tirs en exercice, avec une grande satisfaction, conscient de la responsabilité que cela lui incombait. Il tenait entre ses mains l'instrument de son succès : le MAS 36-51 que son père en Algérie et son grand-père en 40 avait pu manier à leur tour, mais dans un tout autre but. Cependant pour l'heure, il tenait sa fierté comme l'enfant tient son doudou dans une pose rassurante lorsqu’il sentit sa vessie se contracter. « Et merde, pensa-t-il, c'est bien moment d'avoir envie de pisser. » Dans un moment d'affolement, il regarda autour de lui en quête d'une solution immédiate. Mais il n'avait rien à espérer en ce lieu. Il était coincé. En désespoir de cause, il implora du regard son binôme assis à côté de lui qui pionçait comme un bienheureux dans l'insouciance de la situation.

C'était un vieux chef. Un de ses anciens à deux ans de la retraite qui n'attendait plus que la quille pour tirer sa révérence, pour quitter cet univers qui l'avait vu naître, grandir puis se flétrir à mesure que le temps passait. C'est qu'il en avait vu le « chib », de cette expérience qui en faisait un roc dans les moments les plus durs, qui savait apaiser quand tout semblait hors de contrôle, qui inspirait confiance là où d'autres ne savaient que provoquer rejet et violence. L'ancien avait voulu être son parrain à son arrivée, mais n'avait reçu qu'un refus de la part de ce nouvel arrivant qui voulait se faire seul, sans subir le diktat de celui-là qui n'aurait fait que ralentir son élan. Il n'avait pas insisté ; il s'était contenté d'un haussement d'épaules avec cette simple réplique: « Toi mon gars tu peux t'attendre à des moments difficiles si tu n'écoutes rien. » Quand le jeune homme avait été nommé grenadier, il n'avait reçu de son aîné qu'un seul regret à travers ce commentaire terrible : « C'est trop tôt mon garçon, il ne suffit pas de savoir viser pour être un bon grenadier » ; puis de l'entendre grommeler dans sa barbe que de son temps, on ne commettait pas pareille bévue. Cette attitude de défiance à son égard n'avait fait que renforcer sa conviction profonde qu'il n'avait pas besoin d'être chaperonné s'il voulait prouver sa valeur. Mais à cet instant, le tiraillement pressant de sa vessie lui rappela qu'un bon conseil lui serait salutaire. L'ancien avait la réputation d'avoir une solution à tout. Pourtant, il se refusa à faire appel à lui et se décida à tenir bon. L'attente s'éternisa et l'envie devint douleur.

« Débarquez ! »

C'était l'ordre tant attendu. Comme un seul homme, le bus se vida déversant de ses deux portes un flot de tuniques bleues aux casques menaçant, à la visière baissée. Deux colonnes qui devinrent des rangs venus se placer devant les manifestants dans un ordre implacable, les boucliers en avant, les fusiliers derrière et plus loin encore, le groupe de grenadiers. Deux cents hommes se trouvèrent ainsi alignés dans un mouvement maintes fois répété. La troupe s'était formée en un seul bloc devant l'adversaire devenu soudainement furie. La manœuvre s'était jouée en quelques minutes, sans défaut. Le commandant du dispositif en chef d’orchestre vigilant s'assurait de la situation. Inattendus pour les manifestants, l'arrivée de ces renforts en une force compacte et disciplinée inspira la méfiance et refroidie les ardeurs. Cela sembla faire baisser la tension quelque peu. Quelque peu seulement.

Déjà, la surprise passée, quelques téméraires vinrent au-devant de ces nouveaux venus leur lançant quolibets et insultes le poing levé vers la fureur. La force publique ne bougea pas.

Encouragés par cette inaction, d'autres vinrent leur prêter main-forte et bientôt ce fut toute une foule déchaînée qui s'exprimait devant eux. Des projectiles volèrent que vinrent accueillir les boucliers qui n’en demandaient pas tant. La ligne tint bon.

La pression augmenta. Cette fois les insurgés venaient au contact ; prenant les boucliers à pleine main, ils tentaient de les arracher de leur porteur avant de lâcher prise face aux quelques coups de matraque distribués sur ces mains assaillantes. Les projectiles se faisaient plus gros, des pierres et pavés trouvés on ne sait où se mirent à pleuvoir sur les casques tandis que l'offensive sur les remparts de plastiques se poursuivait inlassablement. La ligne se mit à onduler sous les assauts, mais elle tenait toujours.

Le vieux « chib » restait stoïque sous les coups. Il appelait ses camarades autour de lui à garder la formation serrée, leur rappelant sans cesse à rester calme, à ne pas briser leur ligne de défense où tout serait fini pour eux. Cela faisait son effet, chacun restait soudé. La muraille de boucliers ne faillit pas.

Le temps devint éternité pour la force publique assiégée par la colère populaire qui résistait aux attaques, aux ruées et autres offensives sous les grêlons les plus durs.

Puis tout s'embrasa. Une gerbe de flammes vint s'écraser sur un bouclier. Un Cocktail Molotov venait d'être lancé répandant son liquide inflammable sur les protections. Le militaire visé n'eut pas le temps d'être surpris : il subit le violent coup d'une barrière tubulaire. Dans le même temps, deux autres points du dispositif furent attaqués à coup de bélier. La ligne céda sous cette attaque coordonnée.

Les boucliers visés reculèrent faisant apparaître des ouvertures dans la cuirasse jusque-là imprenable et surtout, à l'endroit où le Molotov avait frappé deux hommes étaient tombés à la renverse.

Immédiatement les hommes en bleu réagirent. Les trous furent comblés en étirant la ligne et les assaillants, gênés par ces barrières laissées à terre qui avaient contribué à leur succès, n'eurent pas le temps de profiter de leur avantage qu'ils furent reçus par un déluge de matraquage et de jet de gaz lacrymogènes. Ils reculèrent.

La ligne de défense se reforma en rang serré. Un homme fut évacué. Et les flammèches de la bombe incendiaire s'éteignirent définitivement. La situation fut sauvée in extremis.

Pour le commandant du dispositif s'en était trop. La réponse ne tarda pas.

Trois signaux rouges à intervalles de cinq secondes furent projetés au-dessus des manifestants à leur intention. Les fusées en étoile se consumèrent dans les airs sans plus intérêts que de faire lever les têtes quelques secondes. Dans le lointain, un avertissement oral se faisait entendre qui vint mourir devant l'attroupement, submergé par la rage exprimée de ces citoyens qui ne voulaient rien entendre. Un sourire de carnassier marqua le visage du vieux « chib » qui avait remarqué les signaux. Bientôt cela allait être à eux. « Attention préparez-vous ! » Lança-t-il à ses camarades en prévision des étourdies qui n'avaient rien vu.

« À vos masques ! » L'ordre, qui venait d'on ne sait où, déclencha immédiatement une réaction de la troupe engagée. En bon ordre, au milieu des agressions de la foule qui se poursuivaient, les fusiliers mirent leur casque à terre puis s'équipèrent de leur masque de protection avant de reprendre leur coiffe blindée. Et l'on vit ensuite les boucliers se faire remplacer tandis qu'ils s'équipèrent à leur tour. Enfin ils reprirent leur place. Les hommes étaient prêts, c'était aux grenadiers d'entrer en scène.

Leur chef de groupe donna l'ordre de préparer les armes et le cliquetis caractéristique des manipulations suivit. Le jeune loup se concentra sur sa tâche et selon un rituel maintes fois répétés, il provisionna le magasin de ses cinq cartouches la crosse posée sur le ventre.

« Pour un tir de 100 mètres, armez ! » La chose devenait sérieuse, calmement, il régla la bague-butée au minimum, engagea une grenade à fusil lacrymogène sur le manchon, jusqu'au « clic » de verrouillage, puis il manœuvra d'un coup sec le levier d'armement : une cartouche était engagée. Il garda sa position. En relevant la tête de son arme, il réalisa qu'il était le dernier à manipuler. Le chef de groupe l'attendait. Il en rougit de honte.

« En position ! » Il releva l'alidade de visée à 45 degrés et se mit en position de tir : la crosse sur la hanche, l'arme relevée à deux mains. La mire de visée sous les yeux lui indiquait la hausse à prendre. Il était prêt à faire feu. Tout l'art du grenadier était là. Si les réglages de visée étaient mal faits le tir pouvait être trop court et retomber sur la troupe, où trop long et manquer son effet, sans compter les dommages collatéraux. Il ne s'agissait pas d'envoyer une grenade à travers une fenêtre où de la laisser retomber sur un mobilier urbain. Elle devait retomber exactement à l'endroit prévu, devant les manifestants, selon une trajectoire libre de tous dangers. Conscient des risques, il se concentra sur sa visée, la vessie contractée ; elle ne l'avait pas abandonnée.

« Commencez le feu ! » Des traits se mirent en paraboles avant de retomber sur les pavés où de petits alvéoles se libèrent en éclats sous l'impact à raz du sol immédiatement suivi d'une fumée blanche. L'atmosphère devint âcre. Elle faisait rougir les muqueuses et cracher les poumons. Le jeune loup prit quelques secondes avant de tirer, s'appliquant à la visée puis à retenir sa respiration et d’appuyer sur la queue de détente. Le choc de la détonation manqua de lui faire relâcher sa vessie. La grenade atteint sa cible et répandit son gaz comme les autres. Il ne fallut qu'une minute avant que la foule ne soit submergée par cet épais nuage blanc stoppant son action.

« Pour un bond, 20 mètres ! » Le signal de la corne de brume qui suivit, actionnée par le commandant des troupes, mit soudainement en mouvement toute la ligne. Dans un seul élan, une vague de bouclier compact vint se heurter au premier rang des adversaires qui furent violemment repoussés au-delà des vingt mètres dans un bruit de matraques frappant les boucliers. Puis la vague reflua vers sa position initiale laissant un vide derrière elle. Les manifestants avaient perdu quelques-uns d'entre eux dans la manœuvre. Happés par la déferlante ils s'étaient vu interpeller et emmener loin à l'arrière. D'autres étaient tombés à la renverse n'ayant pas reculé assez vite. Le peuple en colère avait reflué et les jets de pierre s'étaient faits plus rares.

Cette fois les forces de l'ordre avaient repris l'avantage... incontestablement. Leur commandant ne comptait pas en rester là.

« Pour un tir à 150 mètres, feu à volonté ! » L'ordre surprit l'inexpérimenté grenadier qui se retrouva un instant comme démuni. Il n'arrivait pas à y croire : faire feu à volonté sur le peuple. D'un coup d’œil autour de lui, il constata que les autres modifiaient d'initiative leur réglage puis, d'un seul mouvement, approvisionnèrent une nouvelle grenade avant d'ouvrir le feu. Il gloussa, c'était pourtant vrai. Il s’exécuta avec application et au milieu des bruits assourdissement des détonations qui se succédaient tira son second projectile de la journée.

Des lignes blanches s’abattirent en pluie sur l'attroupement épars que la réaction musclée des forces de l'ordre avait commencé à clairsemer. Le nuage lacrymogène que le vent s'acharnait à balayer s’épaissit tandis que, sans discontinuer, de nouveaux tirs venaient le nourrir offrant un brouillard insupportable à tenir pour ceux qui s'y trouvait. Malgré cela, la plèbe en colère ne rendait pas les armes.

Le novice fut pris d'une frénésie de tir. Larguant, grenade après grenade, ses projectiles sur la foule, il s’emballa ne faisant plus attention à leur point d'arrivée tandis qu'ils retombaient dangereusement au-dessus des têtes. Sa vessie douloureuse n'arrangeait pas la maîtrise de son arme.

Soudain un des plots fumigènes fut renvoyés par un de ses audacieux rebelles contre la ligne des boucliers ; il vola au-dessus d'eux pour atterrir brutalement presque sous ses pieds, lui crachant son nuage blanc. Le vent qui soufflait délicatement achevait de rabattre le gaz irritant dans sa direction. A son tour, il cracha ses poumons et sa vue se brouilla. Sous l'effet de la lacrymo, il lâcha sa vessie répandant son liquide chaud dans son pantalon qui s'écoula en flaque sous lui. Il en fut brutalement soulagé autant qu'humilié. Attentif à l’événement, le chef de groupe se précipita, une gourde à la main, et l'aspergea copieusement au visage. L'objet coupable fut renvoyé sans autre forme de procès de l'autre côté de la ligne tandis qu'il perdait de son effet. Au milieu du brouhaha et des fumées lacrymogènes, le supérieur l’interrogea sur son état. Il lui fit signe qu'il allait bien.

« Garde-la gourde, prends cinq minutes et reprend ton poste. » Le louveteau acquiesça, puis dès que son responsable d'équipe eut le dos tourné, il arrosa abondamment son pantalon sur l'entrejambe en déversant le reste du bidon. Cette fois il se sentait bien mieux.

On put croire que cet épisode allait refréner quelque peu ses ardeurs, il n'en fut rien. Dès qu'il fut remis, la rage le prit. Il allait leur faire payer cet outrage. Il reprit son tir en visant la populace.

« Pour une charge sur 100 mètres tenez-vous prêt ! ». Le feu avait cessé. Les manifestants étaient sur le point de céder sous le déluge de fumée blanche, seuls les plus téméraires résistaient encore, mais le nombre leur faisait défaut. Le commandant voulait en finir, c'était l'hallali avant la défaite des mutins.

« Chargez ! » Le son d'une corne de brume vint ponctuer cet ordre. Dans un ensemble sans défaut, cent boucliers frappèrent de concert contre leur pavois en plastique. Et deux cents hommes avancèrent en rang serré, au pas. Derrière, le train du soutien suivait le mouvement. Lentement la compagnie progressa au son des matraques qui martelaient les écus. Puis le rythme s'accéléra. Le pas devint trot, puis course. Lorsque la vague déferla sur les manifestants se fut en pleine course au bruit assourdissant des gourdins de bois. Elle balaya tout sur son passage dans une avancée sans fin. C'était la fuite, le sauf-qui-peut des révoltés qui s'égaraient en désordres dans la direction opposée.

L'un deux cependant resta planté là, sur ces deux pieds, prêt à résister coûte que coûte. La déferlante s'arrêta à vingt mètres de lui alors que le jeune loup emporté par l'élan vint au contact des fusiliers. D'un regard il remarqua le résistant défiant l'autorité légitime. D'un seul mouvement, il épaula dans sa direction et fit feu sa dernière grenade. Le coup d'épaule d'un bouclier fit brutalement lever le canon de l'arme qui dépassait. Mais il était trop tard : le projectile était parti droit sur sa cible, droit sur la figure de l'homme qui n'eut pas le temps de comprendre lorsque la grenade lui explosa en pleine face. Il s'écroula enveloppé par la fumée blanche.

« J'l'ai eu ! Il a payé pour les autres ! » S'exclama le jeune tribun dans sa fougue. Un éclat de satisfaction presque sadique éclaira son visage lorsqu’il fut brutalement ramené à l'arrière par son chef d'équipe.

« Espèce de crétin rentre dans le rang ! » Le louveteau se retrouva sous un déluge de reproches. Et tandis qu'on lui retirait son arme, il croisa le regard de réprobation du vieux chef qui avait tout entendu ; celui-là qui avait tenté de détourner son tir. Il comprit alors l'horreur de son geste et sortit du brouillard dans lequel sa colère l'avait conduit.

Plus loin sur le pavé, les brumes du conflit s'évaporèrent laissant apparaître un corps sans vie dans une mare de sang.

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Published by Jehanne des Rivières - dans Hors série
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commentaires

Denise Doderisse 18/06/2013 09:37


Je n'ai pas le temps de terminer ma lecture mais j'y reviendrais...A bientôt 

Jehanne des Rivières 19/06/2013 18:16



Sans d'importance  Ce texte ne risquera pas de filer (comme le temps...) 


A bientôt.  



nadia-vraie 15/06/2013 17:37


Bonjour jehanne,


je manque de temps pour lire ton histoire mais je veux te dire un bonjour, je reviendrai.


À bientôt.

Jehanne des Rivières 15/06/2013 20:25



Bonjour nadia, 


Bien content de te revoir sur cette page. 


Le temps est une denrée rare qui file comme le vent.   C'est pareil pour moi surtout après un si long hivers
(et ses conséquences...)  qui m'a inspiré ces lignes plutôt dramatique contre l'habitude de mes autres écrits.
 


Alors prends tout ton temps. 


A te revoir entre les lignes....


 


 



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