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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 16:02

Un cheval de trait labourait avec sa sueur un champ de peine.

Tout le jour, il arpentait la terre, creusant son sillon droit et profond.

C’était la saison des labours et notre animal ne ménageait pas sa besogne.

Puis viendrait le moment des semis avant celui de la pousse, et de la récolte.

Ainsi était ce courageux qui, à chaque saison, imprimait sa tâche.

L’ongulé n’avait point quantité de biens, assurément.

Mais s’il n’y avait qu’une richesse sur cette terre,

il en possédait la meilleure part : sa terre et son labour.

Ainsi travaillait-il avec la satisfaction de sa récolte avant les jours froids

quand la nature lui commanderait le repos précédant les prochaines saisons d’effort.

Un jour le gras cochon vint à passer par là et vit le laborieux s’essouffler sous l’ouvrage.

Accompagné du rusé renard, il lui dit à peu près ceci :

« Vois-tu mon roux ami, la bête que tu vois là s’escrimer sur sa charrue travaille pour moi.

Car de sa récolte, ma foi, vient ma richesse.

Il l’ignore bien sûr.

Tout est question de savoir prendre à vil coût

et de céder à mon tour selon mes exigences.

Voilà comment je m’enrichis toujours mieux que lui sans effort.

Là est la clef de la réussite dans notre monde. »

L’orgueilleux parlait ainsi tandis que le renard le questionnait sans cesse sur ses tours,

avide d’en savoir toujours plus sur ses succès.

Le cheval n’était point sourd et sut entendre ses propos

qui résonnèrent encore sous sa crinière

bien après le départ de l’étrange équipage.

Il s’interrogea longuement sur ces dires.

À la réflexion, il était vrai

que le cochon savait jouir mieux que quiconque du travail des autres.

Que valaient alors ses efforts, sa peine et sa récolte ?

N’était-il donc qu’un esclave, indigne et sans valeur,

engraissant sans cesse ce porcin profiteur ?

Et notre forçat vint à douter de son labeur.

La colère le gagna.

Il galopa devant le roi-crapaud lui demander justice.

Le souverain l’écouta avec attention, car l’animal par sa tâche nourrissait toutes les cours.

Il fut ainsi convaincu d’un jugement à donner entre le cheval et le cochon.

Cette foi le pourceau se retrouva devant son prince à justifier de sa conduite.

Il comprit que son salut ne viendrait point de son royal complice

que la plainte de l’équidé avait persuadé à l’équité

ou de risquer de ne plus trouver de laboureurs pour les champs,

ni de nourriture pour l’hiver à venir.

Car après tout, que faisait ce lardon rose à part s’engraisser sur les autres ?

Le voilà au milieu des cours à plaidoyer pour lui-même

contre ce fier destrier réclamant châtiment.

« Sire, mes frères de la horde, mon inestimable accusateur, grouina-t-il.

Qu’ai-je donc fait pour mériter pareil sort ?

Ai-je donc tant de richesses pour subir votre infamie ?

Car enfin quelle est donc ma faute, si ce n’est de trouver la prospérité dans ce monde.

Tel est le don de mère Nature, qui n’en voudrait pas ?

Que celui qui ne recherche pas l’abondance à son tour me jette la première pierre ! »

Ainsi grognait le gras cochon, se réclamant d’une action légitime, car recherchée par tous.

Qui ne voudrait pas de la fortune si elle lui était donnée ?

Répétait-il à l’envi.

Le cheval se sentait lésé, certes.

Mais il restait libre d’agir à sa guise et d’améliorer son ordinaire.

Et s’il était assez sot pour ne pas récolter le fruit de son labeur,

eh bien… lui seul se devait d’être blâmé.

À la fin de son discours, les cours se reconnurent dans le cochon.

Il fut admis que l’action du rose dodu était acceptable, car l’équité n’est pas de ce monde.

Le roi-crapaud cautionna donc ce que la horde jugeait admissible.

Et le cochon s’en trouva fortifié dans ses bourses.

Le cheval, lui, reprit son ordinaire, labourant sans cesse au gré des saisons,

en se disant, qu’après tout, n’est pas cochon qui veut.

 

Le porcin est un fin roublard, mes frères, on ne peut en douter.

Tout acte peut être entrepris tant qu’elle emporte le suffrage de la horde

avant toutes notions de justice où d’équité.

Le rose coquin l’avait bien compris.

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Published by Jehanne des Rivières - dans Fables
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commentaires

Heol 01/07/2011 21:37



Bien le bonsoir Jehanne


Une morale en demi teinte car en effet, le noir ou blanc n'est pas de mise en ce bas monde. Cent sous pour ta drôlerie!


 



Jehanne des Rivières 01/07/2011 23:55



Merci bien ma bonne dame 


C'est ainsi que le "socialement acceptable" l'emporte sur la vérité et la justice. 


A cela je ne vois qu'un seul remède :


"Tout cela est bel et bon, mais il faut cultiver notre jardin." 



Josiane 25/06/2011 14:58


Pauvre cochon, qu'il a donc un vilain rôle dans cette affaire...


Jehanne des Rivières 25/06/2011 16:04



Hélas, si proche de la vérité... 


Combien de cochon peuple notre société ? 


Merci pour ton intéret. 



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