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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 16:30

      Un batracien à la peau verruqueuse coassait à plein au milieu du marais,

 car du marais était sa maison, son pays, sa terre.

Or donc, notre crapaud se sentait petit, car petit est notre animal, au milieu des roseaux,

des marécages putrides et autres végétaux qui composaient son vaste territoire ;

vaste… enfin… à hauteur de crapaud.

Du haut de sa grandeur, il ne régnait que sur les insectes, misérables et insignifiants

dont il était le prédateur, la bête à faire peur, l’ogre de leur cauchemar.

Après tout, ne devait-il pas apprécier rien de moins qu’un bon repas de moustiques

à la sauce libellule  ?

Selon mère Nature oui, mais pour notre amphibien non.

Ne se nourrissant que par nécessité, il ne trouvait plaisir dans sa condition.

S’il était roi dans son pays, il voulait être empereur du monde.

Un jour, il vint une clameur par-delà la végétation putride de ces lieux humides si riches de vie, relayée en cela par des arbres centenaires et la population du lieu  :

« Le roi est mort  ! »

Le roi est mort.

Le vieux lion au panache incontesté, à l’autorité crainte, mais à la royauté reconnue,

s’en était allé vers son dernier voyage en laissant derrière lui un trône vide.

« Cela ne se peut  ! », s’exclamaient les oies, canards, perdrix et autres volatiles

qui composaient cette basse-cour.

« Cela ne se peut  ! », reprenaient en cœur chevaux, sangliers et autres grands mammifères

qui constituaient l’élite de cet ancien roi.

Notre crapaud s’en alla devant cette illustre chaise que la rumeur clamait de remplir.

Du bas de sa hauteur, il se vit assis dessus et se trouva une révélation.

Il serait roi sur ce trône, tel était son destin, sa voie, sa trace qu’il laisserait sur ce monde.

Le premier crapaud de sa lignée qui s’y assiérait.

Vaine chimère, penserez-vous et pourtant…

Pourtant un prompt secours, vint à la rescousse de notre crapaud à l’allure si petite,

mais à l’espoir si grand.

Ainsi, un gras cochon vint auprès de lui qui s’extasiait devant sa convoitise.

« Vous voilà plein d’espoir mon brave devant ce fait. »

« Devant ce fait  ? », interrogea notre héros.

« Un prochain roi devra être choisi, car la chaise ne peut rester vide. C’est ainsi. »

Lui raconta notre roublard à la peau rose qui n’avait pas oublié les fables de son enfance.

« Et comment devra-t-il être choisi  ? », s’enquit le batracien, non sans arrière-pensée.

« Par les cours, ceux des grandes et des petites, et par la plèbe de ces lieux.

Ainsi doit régner notre prochain roi.

Le choisi peut-être vous ou quiconque saura convaincre pour être porté par le plus grand nombre.

Ainsi est la loi. Vous plairait-il d’être celui-là  ? »

À ces mots, le crapaud ne se sentit plus de joie.

Enfin, en voilà un qui le comprit sans mépris.

Et voilà nos compères se préparer à la campagne qui s’annonçait.

Le cochon était fin renard et savait préserver ses intérêts.

Refusant d’entrer en lice, il ne savait que trop qu’il valait mieux rester dans l’ombre

que d’entrer dans la lumière pour mieux faire son affaire.

Il vit en notre crapaud le roi qu’il saurait faire entrer dans ses grâces, à son plus grand bénéfice.

Non qu’il fût dans le besoin, mais il restait toujours en quête d’augmenter sa fortune.

Tel était le cochon bien que son gras, déjà accumulé,

le mit à l’abri du besoin durant mille vies au moins.

Notre crapaud partit, parcourant le pays, des terres isolées aux plus riches,

accompagné de son porcin de complice.

Partout il se fit connaître. Partout il se métamorphosa pour complaire à ceux qui l’écoutaient.

Qu’il s’adressât aux girafes, buffles et autres grands animaux,

il se mettait à leur hauteur par maint et discrets artifices.

Qu’il se trouvât en face de la limace ou du ver de terre,

le voilà humble vermisseau se prosternant devant les plus petits que lui.

Ainsi savait-il dire, droit dans les yeux de quiconque, que sa parole est d’or

bien qu’il ne fût que crapaud vérolé.

Il promit tout et à tous. Surtout, il promit que tout changerait.

À celui qui demandait pourquoi, il répondait qu’il le fallait bien.

Et tous acquiesçaient de bon cœur.

À la taupe, il promit qu’elle verrait la lumière ;

au cheval de trait qu’il commanderait le buffle pour tirer la charrue ;

au buffle qu’il commanderait le cheval au labour de la terre.

Et chacun pouvait entendre ce qu’il voulait.

Plus que les promesses, le crapaud se découvrit un art pour les discours.

Il coassait tant et bien que tous écoutaient ce qu’ils voulaient entendre.

Et le cochon s’en félicitait.

Bien sûr d’autres que lui en firent autant.

Une lionne notamment que seule inquiétait la préservation de la horde.

Ses propos pleins de sagesse en faisaient le meilleur choix pour tous.

Mais… c’était sans compter le crapaud.

À la fin, la lionne et le crapaud se trouvèrent face à face dans un dernier affrontement devant tous. La lionne vit là sa chance de terrasser ce crapaud devenu ennemi.

Des paroles de bon sens et l’expérience de la horde étaient ses armes.

Las, les coassements et l’artifice l’emportèrent sur la raison.

Et le crapaud fut choisi.

Le cochon exulta devinant par là ses futurs bénéfices.

Le nouveau roi monta sur le trône, désormais le sien, à l’aide d’un escabeau,

tandis que les lionnes et leurs petits sentaient bien que la fin de leur règne était venue.

Il advint ce qu’il devait, car une fois dans la place il fallait bien gouverner.

Notre crapaud ne se laissa pas détrôner, mais il déçut, bien entendu, plus souvent qu’à son tour.

À l’exception toutefois de notre cochon bien dodu qui prit deux tailles de plus, pour le moins.

Le seul à qui notre crapaud n’eut besoin de faire de promesse.

 

Nous voilà à la fin de notre histoire, bien que notre crapaud n’ait pas fini la sienne.

Que dire de plus, mes frères, si n’est que les discours ne valent que pour ceux qui les écoutent.

Prenez garde ! Car les paroles ne sont que le produit du vent sur une langue bien affûtée.

Elles ne valent rien avant les actes réalisés.

 

 

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commentaires

Heol 11/07/2011 22:40



Ce récit est fort divertissant dame Jehanne et merci de crier les nouvelles. Il vous faudrait crier sur la place publique plus souvent.


Oyez Oyez brave gens, le crieur en voie d'apparation, à parlé...


 


Que Dieu vous garde!



Jehanne des Rivières 12/07/2011 19:18



 Grand merci Héol ! 


Toujours est grand le plaisir de tes commentaires. 


Hélas le crieur est très seul à hurler dans le désert...    


Et pourtant à l'annonce de ces paroles, il se pourrait que l 'avenri li donne grande vérité à écouter ses dires. 


Mais qui s'en soucie? 



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