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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 16:27

L’arrivée…

Un contribuable vint un jour se présenter sur la place administrative de sa bonne vieille ville. Point n’est besoin de dire qu’il était fier de cet espace, lui l’imposé, que ces impôts locaux, à la limite de l’excès, avaient contribué à construire.

Car le lieu était neuf et centralisait autour de lui maints bâtiments au service de la collectivité départementale. Tous furent payés avec les dettes de la commune, car le maire, Roi-Soleil dépensier, avait cru bon les offrir à son département. Dans la même année, sa ville se lestait de quelques centaines d’autochtones sans emploi partis vers un ailleurs meilleur sans espoir de retour.

La contribution des habitants à ces travaux d’hercule était sans nul doute passée dans la légende ; mais à cet instant notre contribuable goûtait au plaisir de la place où trônait en son milieu une sculpture de maître.

Deux sphères en marbre noir encadraient un obélisque penché à l’extrémité arrondie buriner dans la même matière. Selon l’artiste, toute la vanité du monde était ainsi représentée. L’explication en était peut-être obscure pour notre homme, mais le côté incompréhensible de l’art et surtout la réalité dispendieuse de l’œuvre valait bien cette énigme.

Toutes ces considérations artistiques n’avaient point d’intérêt pour le contribuable, car aujourd’hui, il allait pouvoir s’assurer que son argent avait été bien dépensé.

Aujourd’hui, il devait changer la carte grise de son nouveau véhicule fraîchement acquis.

Le voilà donc se dirigeant allègrement vers la sous-préfecture de son chef-lieu de canton, administration hautement méritante sans nul doute.

Ce n’était pas la première fois qu’il s’y rendait, sachez-le. En effet, il était déjà venu la veille. Mais à sa grande surprise, il apprit que la bâtisse était fermée tous les mercredis de la sainte semaine. Or il se trouvait être ce jour fatidique. Ainsi donc, il revint le deuxième jour d’un pas alerte et le cœur confiant.

Devant lui, s’offrait un demi-cercle surmonté de trois tours dépareillées, le tout encagé dans un décor fait de barreaux entrelacés. À peine visible, une simple écriture intégrée dans cet ornement indiquait clairement l’objet de cette érection : "SOUS-PREFECTURE". Le bâtiment, à l’allure de prison, avait ouvert ses portes et notre héros y entra résolument.

 

Dans la sous-préfecture…

Tout de suite, il fut accueilli par l’ambiance du lieu. Tout n’était que queues sans fin et salles d’attente dans un hall déshumanisé à l’écho si prenant.

Dans une partie de cet espace, un voyage lointain vous emmenait au-delà de l’horizon vers ces pays au bois d’ébène, aux épices exotiques et aux boubous colorés. Un souk désorganisé semblait s’être installé avec ses langages étranges venus d’ailleurs.

Le contribuable, lui qui n’était jamais sorti de sa commune au-delà de l’autoroute, lui qui ne connaissait sa belle Normandie qu’issue de son poste de radio, fut soudain pris de panique. Où était-il ? Qu’avait-il fait pour se retrouver dans cet ailleurs ? Mais un écriteau perdu au-dessus de la foule pris soin de le rassurer : "Passeport, carte d’identité, permis de séjour". Ce n’était que ces sortes d’antichambre du monde que l’on pouvait trouver parfois, reflet d’un succès sans cesse renouvelé de son pays. La France est une ancienne puissance coloniale que ces vieilles colonies n’ont jamais oubliée.

À l’opposé de cette section, une salle d’attente plus calme le rassura pleinement  : “Permis de conduire, carte grise.” C’était donc là qu’il devait aller.

Mais avant, une formalité semblait obligatoire : le contrôle des papiers.

En effet, au milieu de ces deux opposés coulait une file d’attente. Elle serpentait jusqu’à un comptoir où deux cerbères préposés au "dispatching" orientaient, ici et là, les pauvres victimes de cette organisation implacable, non sans avoir, au préalable, vérifié la validité et la complète composition de la paperasse en lien avec les démarches demandées.

C’est un fait que tout bon administré apprend dès son plus jeune âge. L’administration contribue grandement à l’abattage des arbres, à l’effet de serre et à l’augmentation des actions et obligations de l’industrie papetière.(sic)

Notre homme, donc, en citoyen discipliné, se mit grandement dans la file qui l’attendait tel un ogre avalant ses martyrs pour une longue digestion. Et il avait du succès le bougre, car à peine le personnage de cette histoire se mit en position que déjà d’autres le suivaient. Il était dans la boucle, le pauvre, ne pouvant ni avancer, ni reculer et encore moins s’écarter d’un chouïa sous peine de voir cette place si chèrement acquise lui être volée par ceux-là qui marquaient leur empressement à en finir. L’épreuve était là : la patience. Au cours des douze travaux du contribuable, il se devait de faire preuve d’un stoïcisme exemplaire, d’un calme constant, d’une endurance servile.

Il fallait se résigner.

Certains n’eurent pas la force avec eux et s’en allèrent avec dépit. Quittant la terre promise pour un exil injuste, ils abandonnaient tout espoir dans leurs démarches pourtant nécessaires. Mais ce n’était point notre contribuable qui tint bon ; non sans angoisse, il faut le dire.

Il l’avait bien noté. L’accueil des deux sentinelles n’était pas des plus… chaleureux. Le sourire était un concept absent de leur visage. Les traits tirés, les oreilles toutes bourdonnantes de l’exotisme d’à côté, les deux préposés marquaient sans nul doute les stigmates d’un danger pour le citoyen venu avec ces requêtes : la fatigue du fonctionnaire. Le contribuable regarda sa montre : 10 heures 30, la matinée touchait à sa fin, ce n’était pas la bonne heure, il aurait dû venir à l’ouverture, se dit-il. L’avenir appartient à ceux qui ce lève-tôt et à la fraîcheur de l’agent préfectoral dont le service commençait à 10 heures.

11 heures, le contribuable arriva enfin à la bonne extrémité de cette file indienne. Bientôt, il allait exposer son cas. Bientôt, il allait franchir cette première étape.

Il était à cran. Maintes fois, il avait vérifié son dossier en voyant ceux devant lui se faire réprimander, car leur demande était incomplète. Maintes fois, il avait senti son cœur se serrer en voyant un de ses pauvres compagnons d’infortune obligés de remplir un papier oublié, que lui tendait d’une main rageuse le sphinx de cette honorable institution, augmentant d’autant le délai de ses aspirations. Maintes fois, il avait vu un de ses coreligionnaires pester, râler, beugler contre ses gardiens légitimes qui savaient renvoyer l’importun vers la sortie, sans espoir de succès.

11 heures 15, le voilà enfin devant la ligne jaune qui précède l’entrée au paradis : le comptoir d’accueil. Deux options s’offraient devant lui. Une petite jeunette toute blonde vénitienne qui attirait les regards et savait faire fondre les cœurs les plus endurcis. Une moins jeune certes, tout aussi bien conservée, mais à l’esprit tranchant et la répartie cinglante.

Son choix était donc fait, mais il ne lui appartenait pas. Tout dépendait de la rapidité des deux sieurs devant lui à régler leur différend avec cette administration.

Son impatience grandit, cent fois il avait fait tourner sa langue en répétant la phrase exposant ses doléances. Une phrase courte, en termes simples et explicites, tels étaient les maîtres mots pour une bonne approche.

Car combien de contribuables par la cause d’une phrase mal formulée sur l’objet de leur démarche s’étaient vus échouer contre les falaises de l’incompréhension du fonctionnaire. C’était un fait établi dans les annales.

Soudain, un mouvement furtif se fit, comme une brise qui balaye les brumes matinales dévoilant le chemin devant soit, et une place se libéra. C’était la moins jeune qui se préparait à le recevoir.

Mais le drame suivit… elle fut remplacée par un dragon.

 

Face au dragon

N’allez pas croire qu’il s’agisse de ses reptiliens volatiles propices à l’imagination et aux histoires fabuleuses. Mais plutôt, de ses agents dont un seul regard suffit à vous donner le ton, à vous glacer le sang, à vous rendre coupable d’avoir commis une faute ; la faute du papier absent ; la faute d’une procédure mal comprise ; la faute d’être là tout simplement.

Une petite dame râblée, à la mine sévère et aux cheveux gris sans compassion avait pris place derrière le comptoir dont l’espace était libre devant lui. Le contribuable jeta un regard furtif plein d’espérance vers la blonde vénitienne. Hélas ! Le tour était pris et ne semblait pas se désemplir. L’espoir disparu lorsque la virago, l’œil rageur, lui fit signe d’approcher. Il était accroché. La fuite, à ce stade de ses démarches, n’était plus possible. Il s’avança soucieux, tout allait se jouer maintenant.

Il appliqua la règle d’or : urbanité et sourire en toute circonstance, car rien ne s’obtenait par la plainte, le maugréant, le reproche ou la réclamation. L’administré est au service de l’administration, car il a besoin de l’autre. C’est bien connu.

Il s’avança donc et parla enfin, résolu à en finir. Il salua d’un bonjour plutôt enjoué, puis, s’en attendre de réponse, enchaîna tout de suite par le motif de sa venue qu’il bafouilla maladroitement par trop de précipitation. Hélas ! Le crime de l’incompréhension tant redouté lui pendait au nez. Mais les dieux de l’Olympe étaient avec lui, car la préposée n’eut point à comprendre le baratin explicatif de l’individu. En regardant les papiers qu’il lui présentait, elle sut.

Le silence suivit tandis que l’étude approfondie des documents présentés débuta. En experte de l’art administratif, la bête fabuleuse disséquait, examinait, recherchait la faille.

Pendant ce temps, le contribuable, lui, n’en menait pas large. Tout en lui tremblait devant cette fouille approfondie. Il attendait le jugement de cet examen comme le couperet de la guillotine.

Une simple phrase mit un terme à son angoisse : “Et la dame, elle est où ?”.

Stupeur et tremblements, le contribuable resta interdit. "Qu’est-ce qu’elle dit ?" Pensa-t-il plein d’incompréhension.

La dame ?” Répliqua-t-il dans un flagrant délit d’ignorance.

Et voilà la maîtresse de la discipline expliquer en terme simple à l’usage des maternelles au langage bureaucratique que ladite carte grise est au nom de deux individus : un monsieur et une madame ; si leur patronyme, assurément identique, semblait les confondre, un qualificatif familièrement nommé prénom les distinguait. Or de ce constat, il apparaissait pour le moins nécessaire de signer et contresigner par les deux individus ainsi nommés ledit document déjà cité. Pourtant, il semblait de façon évidente qu’une seule apposition de cette marque d’approbation venait à s’épandre sur ce papier grisé à l’estampe de la préfecture républicaine et que, de ce fait, il en manquait une. Les documents précédemment visés rendaient compte d’un monsieur dont le nom était porté sur l’identité du véhicule à moteur communément appelé automobile ou voiture pour les intimes. Il semblait ainsi légitime de s’interroger, sur l’absence d’une seconde signature pourtant nécessaire laquelle, sans nul doute, ne devait être que celle de la dame. D’où la question première : « Et la dame, elle est où ? »

Le contribuable pris en défaut se trouva dans les tourments d’une vive épouvante : “Deux signatures, il fallait deux signatures !” Marmonna-t-il dans une lueur de compréhension alarmée.

N’allez pas croire que tout ce discours fut dit avec l’amabilité d’un saint compatissant, mais plutôt dans une veine dramaturge où le juge de sa pourpre parée venait à assener une sentence à un pauvre condamné.

Et voilà notre administré qui tenta une dernière charge à la Pyrrhus argumentant qu’il est écrit "ou" et non point "et" sur ce fameux document et qu’ainsi, l’un ou l’autre pouvait signer, sans obligation pour le second de le faire à son tour. Il précisa même que lors de l’établissement du transfert de propriété le monsieur et la dame en question étaient présents et que donc les deux étaient d’accord pour une telle équipée. Il poussa la supplique jusqu’à se justifier qu’aucun d’eux, ni même lui, n’avait jugé utile de faire signer la dame laquelle était d’ailleurs peut intéressée à la chose. La tirade sembla belle, mais la bête n’était point attendrie.

Elle avait eu sa réponse, la dame était bien là en mesure de signer. Dans un élan hargneux, elle réunit les documents, assemblés par ce plaignant fautif d’une insuffisante application, et les agrafa avec un acharnement méticuleux qui repoussait les limites de la passion.

D’un coup sec, elle remit le résultat de tant d’effort insatisfait à sa malheureuse victime en lui assignant l’implacable vérité sur l’obligation d’une deuxième signature avant tout retour en ces lieux.

Le contribuable se retrouva ainsi tout penaud avec ses papiers meurtris par la féroce attache. Il s’avoua vaincu et se retira dans le malheur.

Ce fut un lamentable imposé qui quitta la bâtisse au décor de casemate si judicieusement choisi, lui qui était arrivé avec tant d’espoir.

Oh ! Combien d’obligés des impôts, combien de taxés sur le compte de l’état se voyaient ainsi fracassés sur l’autel de l’impitoyable exigence administrative. Beaucoup sans doute.

 

Le retour du contribuable

Ne vous imaginez pas qu’il abandonna. C’est qu’il la voulait sa voiture, ce gouffre sans fin, à la pollution asphyxiante, et à l’essence sans plomb au prix sans limites.

Il fit donc comme il fut dit par le dragon. Ce ne fut pas mince affaire, mais il y parvint malgré tout.

À l’aube du troisième jour, il revint à la sous-préfecture.

Son entrée fut comme un coup de massue qui vous assomme et vous étourdit : il n’y avait personne devant le comptoir. Mieux encore, le souk d’à côté avait disparu. Le hall était calme.

Le pays d’accueil s’était fait désert.

Point n’est besoin de dire qu’il ne s’interrogea pas longuement sur cette étrangeté, mettant cela sur le compte de sa bonne étoile qui devait bien briller un peu.

Il s’engouffra donc dans la brèche et tomba nez à nez avec le dragon… encore. Sa bonne étoile n’était pas aussi brillante après tout.

Cette fois son annonce fut claire, concise, précise. Tout ce qu’il fallait pour un bon début. Mais cet effort linguiste s’avéra peu utile, car la bête avait de la mémoire et se souvenait parfaitement de son cas.

D’un trait de verbes bien senti, elle le mit au silence comme le coup de gueule d’un T-REX.

Il attendit donc sagement tandis que l’examen paperassier reprit… comme au premier jour. Il fut bien tenté d’interroger ce gardien vigilant de la procédure préfectorale sur le bien-fondé d’un tel examen, étant assuré qu’il avait déjà eu lieu. Mais il se garda bien de demander. Il fallait poiroter. Il se morfondit. Tout cela ne lui disait rien qui vaille et il avait raison.

Voilà que la sentinelle trouva encore à redire en confondant l’acheteur avec le vendeur et vice et versa. Cette fois, le contribuable para le coup en mettant les points sur les "I" et les noms dans les bonnes cases.

Il convainquit et d’un geste royal la préposée lui remis son sésame pour ce rendre au guichet suivant. Il avait son numéro d’attente.

Ont pu croire que la suite se passa sans histoire, tant s’en faut.

Tout d’abord, il fallait attendre et cela n’est pas rien. Son numéro 50 lui indiquait sans nul doute que le 35, qui attendait son tour, serait parti sa mission accomplie alors qu’il attendrait encore. Ce qui se passa.

Il n’y eut rien à dire sur ce moment de pause si ce n’est qu’il valait mieux ne pas être pressé, car le temps est un luxe dont l’administration regorge pour sa clientèle.

Il y eut bien quelques abandons, mais peu significatif au regard du prix à payer : du temps. Si le temps était de l’argent, l’État s’appellerait crésus.

C’était du temps pour penser, du temps pour se ressourcer, mais surtout du temps à perdre.

Enfin, car il faut bien une fin, son tour arriva presque.

S’il une est chose étrange dans ces organisations des affaires publiques c’est la constante du vide. Dans ces lieux attribués au service du peuple, il n’est pas rare de constater que le nombre de postes d’accueil est le plus souvent excédentaire au nombre de préposé en état de les occuper.

La sous-préfecture de notre contribuable ne faisait pas exception. S’il y avait bien deux guichets d’ouverts, la place en comptait cinq touts équipés.

Ainsi donc sous l’effet d’une impatience grandissante à mesure que les compteurs égrainaient les nombres convoqués au-dessus des comptoirs, le contribuable, les yeux rivés sur ces appareils à la lenteur d’escargot, se leva brusquement à l’annonce du numéro 49.

Il était prêt, debout, à fondre sur le fonctionnaire qui proclamerait son prochain numéro. Il fallait qu’il en finisse.

Lorsque l’un des compteurs se mit en mouvement dans un bruissement d’électrons à l’échappée belle, il fut horrifié ! Le nouvel appelé était le 55 !

N’écoutant que sa panique de ce voir ainsi oublié, il se précipita devant l’homme responsable du mécompte exigeant fermement que le tour soit respecté prêt à en découdre devant ce passe-droit.

Il fut renvoyé par un préposé à l’allure bonhomme avec tact, certes, mais avec une fermeté sans appel qui lui assura toutefois l’arrivée de son tour.

Un instant de lucidité vint frapper le malheureux à l’esprit surchauffé qui n’insista pas, mais resta sur ces gardes. Cherchant à comprendre ce brusque saut de nombre, il regarda plus attentivement son ticket qu’il serrait avec tant d’ardeur depuis le début. La compréhension lui vint et avec elle un soulagement suivit d’une espérance nouvelle dans un énervement certain : la fonction du guichet était double. Sautant tour à tour des cartes grises au permis de conduire dont les files d’attente se confondaient, mais ne se ressemblaient pas, il s’était vu supplanté par l’arrivée impromptue d’un de ses demandeurs au petit papier rouge dont la préséance sur le papier gris à ce guichet lui avait valu ce tour de passe-passe "numérologique". Il fallait lire la lettre portée sur le ticket d’attente qui précédait le nombre : Un "S" pour la carte grise et un "A" pour le permis de conduire, en toute logique.

Bien sûr, ce genre de distinction à la lettre près n’était pas visible sur le compteur, seul le nombre apparaissait. Il aurait fallu au contribuable, déjà à cran, une certaine puissance de déduction en remarquant un écriteau accroché à la volée dans un semblant d’indication que ce guichet-là s’occupait aussi de ces triptyques roses.

Mais n’est pas Sherlock Holmes qui veut ; et, en la circonstance, le héros de cette histoire avait déjà dépassé le stade de la réflexion. Sur ce coup du sort, il s’était vu abandonner brutalement devant la porte de son salut.

Cependant, la grâce lui vint en aide et un petit “50” apparu sur l’un de ces petits appareilles lumineux aux petits points rouges si hypnotiques.

Il s’avança hagard avec un air abattu en ce demandant bien ce qui allait lui tomber dessus.

Et l’examen approfondi des papiers reprit. À nouveau notre contribuable, au moral déjà bien entamé, s’inquiéta de ce que ce gardien vigilant allait bien trouver à redire. Quelques questions lui furent posées qui pourtant avaient leur réponse dans ces formulaires maintes fois visés. Puis vint la dernière qui acheva notre brave : “Et pourquoi avoir fait signer deux fois la carte grise et le formulaire de changement de propriétaire ?”

Il n’en crut pas ses oreilles. Sa réponse fut simple et lapidaire : parce qu’on lui avait demandé.

À ce stade de ces démarches, il abandonna toute compréhension de la logique administrative et se tenait prêt à mordre au moindre reproche.

Le préposé le pris de cours en se contentant d’un : "C’était pas utile" avant de faire fonctionner son clavier d’ordinateur signe d’une avancée évidente dans ces démarches.

Quelques minutes lui suffirent et il tendit une feuille, une simple feuille à l’impression défaillante tirée d’une imprimante poussive proche d’une fin évidente tandis que le reste du dossier finis dans une corbeille où s’entassait pèle-mêle le résultat de tant d’effort conjugué à la réalisation d’un seul objectif : le suivi draconien des véhicules immatriculés.

L’ordre qui accompagnait ce petit papier était simple, se rendre au guichet suivant où l’on pouvait lire en caractère gras voyeur : caisse.

La prochaine étape était simple, il fallait payer. Cette fois pas de surprise, une seule file, un seul numéro et tout ce passa sans accroc.

Il est à remarquer ce phénomène bizarre par lequel la notion de paiement rend les administrations particulièrement redoutables dans l’efficacité. Passé l’attente désormais inséparable de ces lieux, notre contribuable dont la notion prenait alors tout son sens se retrouva délesté de quelques centaines d’euros en échange des 4 chevaux-vapeur que comptaient son nouveau véhicule, et d’autres taxes.

Car la nouveauté était là : le paiement effectué, une feuille lui fut rendue par laquelle il devenait officiellement le titulaire d’une auto nouvellement immatriculé. Ce n’était, certes, qu’un certificat provisoire d’immatriculation dans l’attente de recevoir sous quinzaine la carte grise à son domicile, mais les démarches de notre homme s’arrêtaient là.

Et voilà notre propriétaire d’un véhicule à quatre roues contempler sans trop y croire le fruit de tant d’effort qu’il n’espérait plus.

Puis dans un sursaut de conscience, il rangea précieusement le document et sortit de ce hall maudit.

Sa sortie prit des allures de fuite. Courant à perdre haleine il sauta dans sa machine parquée en récupérant au passage l’amende pour un stationnement à la durée dépassée.

Usant ces dernières forces, il convainquit un commerçant dûment habilité et qui n’attendait que cela, de lui changer ces plaques au prix trop élevé. Mais qu’importe ! Notre homme voulait en finir qu’elle qu’en soit le coût.

Quand enfin il put rentrer chez lui, le devoir accompli et sa mission remplie dans les délais légaux, il s’effondra épuisé sur son canapé devenu salutaire.

Plus tard, il reçut sa carte grise concluant sans peine cette aventure administrative.

Mais il reçut aussi un deuxième courrier : celui d’un excès de vitesse de quatre kilomètres à l’heure au-dessus des cinquante autorisés commis ce jour-là en rentrant chez lui.

L’administration a toujours raison.

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Published by Jehanne des Rivières - dans Histoire d'en rire
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commentaires

Denise Doderisse 09/04/2012 20:15


Voilà une aventure très corsée et ...qui sent son vécu !!!!


Bravo pour l'humour qui entoure cette histoire...qui n'encourage guère à fréquenter préfectures et sous-réfectures !!!

Jehanne des Rivières 10/04/2012 10:11



Faut pas, faut pas ! 


Imaginez nos vie mornes et sans saveurs sans ces grandes aventures au grès des administrations. 


Comment en rirait-on sans cela  



Josiane 09/04/2012 16:48


Que d'aventures pour ce pauvre homme , mais qui m'en rappelle, j'en souris maintenant mais moins à l'époque!!!!!!!!!!! 

Jehanne des Rivières 10/04/2012 10:08



L'aventure, c'est l'aventure, mais il est vrai que parfois elle arrive sans que l'on s'y attende. 


Mieux vaux en rire qu'en pleurer  


Merci pour ton commentaire....



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