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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 08:57

Une abeille butineuse allait et venait au milieu des fleurs et des prés,

slalomant d’ici delà à la recherche du pollen tant convoité.

L’abeille était travailleuse et ne ménageait pas sa peine,

Fière elle était, de participer aux réserves de la ruche.

Heureuse elle se trouvait, de voler au centre de mère Nature.

Soudain, alors qu’elle s’apprêtait à se poser sur une pâquerette gorgée de convoitise,

un gros bourdon vint lui voler son trésor.

Elle tenta vainement de reprendre son bien,

mais l’insecte ne se laissa pas faire,

et d’une pichenette la renvoya au pied de ses ambitions.

C’est qu’elle n’était pas de taille, la gueuse, et il le savait bien.

Elle eut beau protester, réclamer ou s’indigner.

Rien n’y fit.

Le vainqueur resta sur sa fleur tandis que la vaincue s’en retourna piteuse.

L’hyménoptère mis en échec ne put se résoudre à sa défaite.

Errante, dans le sombre d’un bois,

l’abeille se sentait meurtrie et accablée,

ne cessant de penser et repenser à cet affront subit.

La ruche l’attendait.

Pourtant, elle ne pouvait se résoudre à s’en retourner.

L’omniprésence du bourdon ne quittait pas son esprit.

Elle ne voulait pas l’oublier malgré la douleur de se souvenir.

Une froide résolution s’empara alors de tout son être.

Il lui fallait réparer l’outrage supporté.

Son honneur et celle de son essaim était en jeu, se disait-elle.

La voilà qui partit en chasse à la recherche de ce cousin devenu ennemi.

Elle franchit de nouvelles prairies gorgées de fleurs au pollen abondant,

qu’elle laissa derrière son sillage.

Son intérêt était seul porté sur son bourdon.

À force de peine, elle finit par le retrouver.

À sa vue, elle devint haine.

Patiemment, elle le suivit jusqu’au bout du jour.

Telle la bête tapie dans l’ombre, elle resta hors de sa vue.

Puis le moment attendu arriva.

Dans un espoir de repos bien mérité,

l’ennemi, inconscient du péril qui le visait, s’était posé sur une fougère doucereuse.

Notre héroïne devint Diane chasseresse.

Mettant au point un trésor de tactique,

elle se plaça brillamment au-dessus de lui,

perdue dans le soleil couchant.

La voilà invisible, sa cible sans défense.

Puis elle plongea sans bruit vers sa victime.

Au dernier moment, elle battit des ailes pour ralentir sa chute.

Le bourdon perçut un bourdonnement insolite au-dessus lui,

mais il était trop tard.

Il n’eut que le temps de voir une furie jaune et noire lui planter son dard en un coup fatal.

Il mourut sans comprendre, tandis que l’abeille le suivit peu après,

son honneur sauf et sa vie perdue.

Car la butineuse ne peut user de son aiguillon sans en payer le prix fort, c’est ainsi.

Au loin, la ruche ne s’inquiéta pas de son absence.

Ce n’était qu’une ouvrière de plus perdue pour le devoir.

 

Voilà toute une histoire pour une fleur non partagée.

Sachez-le mes frères, si la vengeance est un plat qui se mange froid

le prix à payer est toujours plus élevé que l’affront vécu.

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 19:37

Une loutre vint un jour à perdre son compagnon.

C’est qu’il n’était plus tout jeune, le bougre, et qu’il fallait bien qu’il trépassât.

Car, après tout, la vie sur cette terre n’est pas éternelle.

Mais la malheureuse ne l’entendait pas de cette oreille.

Tout le jour, elle arrosait de ses pleurs le souvenir meurtri de son tendre disparu.

Toutes les nuits, elle mouillait de ses larmes l’antre de son terrier.

Il y eut bien le réconfort d’autres de ses congénères, car le couple était estimé.

Qui ne lui assura pas que le temps viendrait où le chagrin serait chassé par le temps.

Qui ne lui prodigua pas conseils et mille vertus sur le bénéfice d’un voyage salutaire.

Qui ne tenta pas de remplir le vide de ses pensées par une nouvelle union de loutre.

Mais rien n’y fit, l’esseulée resta inconsolable.

Le temps se brisait sur les dents de sa tristesse.

Les conseils étaient chassés par les vents de ses sanglots.

Tandis que les prétendants abandonnaient devant l’autel de ses souvenirs.

C’est alors que les cris de ses lamentations vinrent tinter l’ouïe de la mort.

Si tant est qu’elle en possédât.

D’habitude, elle ne faisait aucune attention à ces débauches de tristesse,

car la camarde ne considérait que le silence des âmes,

qu’elle emportait vers le mystère de cette autre vie.

Mais la plainte ininterrompue de la loutre vint attirer son intérêt.

Ainsi donc, cette faucheuse vint à sa rencontre.

« Te voilà bien meurtrie devant l’inévitable de la vie. »

« Inévitable certes ! Mais pourquoi eut-il fallu que cela soit maintenant ?

Cela ne pouvait-il attendre encore un peu ?

Tant de choses restaient à faire ; tant de biens restaient à vivre avec mon pauvre regretté. »

« Il y a toujours à faire et à vivre tant que je ne suis pas appelé. » Lui répliqua la mort.

« Songe que des villes entières ont disparu sans qu’une larme ne soit plus versée,

passé le temps du souvenir.

Et que dire de ces hordes trépassées dans les limbes de l’ignorance,

sans qu’aucun n’adresse la moindre prière. »

« Pourtant, toi, par ton compagnon disparu, tu cries au malheur et tu sombres dans l’accablement.

Qu’as-tu à dire de cela ? »

« Il était mon compagnon et je ne pourrai vivre sans lui. » Répondit simplement le mammifère.

« Tes paroles sont vaines et ta lacune d’importance.

La vie veillera à te l’apprendre »

Telle était la sentence de la mort qui s’en fut dans un souffle.

Et la loutre vécut encore longtemps avec son chagrin,

jusqu’à son dernier soupir.

Lorsque le guide de son esprit perdu vint la retrouver,

il ne l’avait pas oubliée.

« Qu’as-tu appris de ta vie passée ? » Lui dit-il simplement.

« Qu’avais-je à apprendre ? Ma Vie n’était que souffrance depuis le départ de mon aimé. »

« Car tu l’as bien voulu, lui répliqua le maître des défunts.

Sache que ta vie n’a fait que continuer

tandis que tu as décidé de lui fermer ta porte. »

« C’était trop dur. » Se justifia la loutre.

« Plus dur que de vivre dans la douleur ? »

Sans un mot de plus, la mort emmena son âme dans sa nouvelle demeure.

Tandis que la loutre ne sut quoi répondre en se maudissant de ce temps perdu.

 

Sachez-le, mes frères, le messager des disparus apporte un changement

à l’existence qu’il appartient à chacun de vivre dans la douleur où le renouveau.

La loutre ne le comprit qu’au prix de sa vie.

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 16:02

Un cheval de trait labourait avec sa sueur un champ de peine.

Tout le jour, il arpentait la terre, creusant son sillon droit et profond.

C’était la saison des labours et notre animal ne ménageait pas sa besogne.

Puis viendrait le moment des semis avant celui de la pousse, et de la récolte.

Ainsi était ce courageux qui, à chaque saison, imprimait sa tâche.

L’ongulé n’avait point quantité de biens, assurément.

Mais s’il n’y avait qu’une richesse sur cette terre,

il en possédait la meilleure part : sa terre et son labour.

Ainsi travaillait-il avec la satisfaction de sa récolte avant les jours froids

quand la nature lui commanderait le repos précédant les prochaines saisons d’effort.

Un jour le gras cochon vint à passer par là et vit le laborieux s’essouffler sous l’ouvrage.

Accompagné du rusé renard, il lui dit à peu près ceci :

« Vois-tu mon roux ami, la bête que tu vois là s’escrimer sur sa charrue travaille pour moi.

Car de sa récolte, ma foi, vient ma richesse.

Il l’ignore bien sûr.

Tout est question de savoir prendre à vil coût

et de céder à mon tour selon mes exigences.

Voilà comment je m’enrichis toujours mieux que lui sans effort.

Là est la clef de la réussite dans notre monde. »

L’orgueilleux parlait ainsi tandis que le renard le questionnait sans cesse sur ses tours,

avide d’en savoir toujours plus sur ses succès.

Le cheval n’était point sourd et sut entendre ses propos

qui résonnèrent encore sous sa crinière

bien après le départ de l’étrange équipage.

Il s’interrogea longuement sur ces dires.

À la réflexion, il était vrai

que le cochon savait jouir mieux que quiconque du travail des autres.

Que valaient alors ses efforts, sa peine et sa récolte ?

N’était-il donc qu’un esclave, indigne et sans valeur,

engraissant sans cesse ce porcin profiteur ?

Et notre forçat vint à douter de son labeur.

La colère le gagna.

Il galopa devant le roi-crapaud lui demander justice.

Le souverain l’écouta avec attention, car l’animal par sa tâche nourrissait toutes les cours.

Il fut ainsi convaincu d’un jugement à donner entre le cheval et le cochon.

Cette foi le pourceau se retrouva devant son prince à justifier de sa conduite.

Il comprit que son salut ne viendrait point de son royal complice

que la plainte de l’équidé avait persuadé à l’équité

ou de risquer de ne plus trouver de laboureurs pour les champs,

ni de nourriture pour l’hiver à venir.

Car après tout, que faisait ce lardon rose à part s’engraisser sur les autres ?

Le voilà au milieu des cours à plaidoyer pour lui-même

contre ce fier destrier réclamant châtiment.

« Sire, mes frères de la horde, mon inestimable accusateur, grouina-t-il.

Qu’ai-je donc fait pour mériter pareil sort ?

Ai-je donc tant de richesses pour subir votre infamie ?

Car enfin quelle est donc ma faute, si ce n’est de trouver la prospérité dans ce monde.

Tel est le don de mère Nature, qui n’en voudrait pas ?

Que celui qui ne recherche pas l’abondance à son tour me jette la première pierre ! »

Ainsi grognait le gras cochon, se réclamant d’une action légitime, car recherchée par tous.

Qui ne voudrait pas de la fortune si elle lui était donnée ?

Répétait-il à l’envi.

Le cheval se sentait lésé, certes.

Mais il restait libre d’agir à sa guise et d’améliorer son ordinaire.

Et s’il était assez sot pour ne pas récolter le fruit de son labeur,

eh bien… lui seul se devait d’être blâmé.

À la fin de son discours, les cours se reconnurent dans le cochon.

Il fut admis que l’action du rose dodu était acceptable, car l’équité n’est pas de ce monde.

Le roi-crapaud cautionna donc ce que la horde jugeait admissible.

Et le cochon s’en trouva fortifié dans ses bourses.

Le cheval, lui, reprit son ordinaire, labourant sans cesse au gré des saisons,

en se disant, qu’après tout, n’est pas cochon qui veut.

 

Le porcin est un fin roublard, mes frères, on ne peut en douter.

Tout acte peut être entrepris tant qu’elle emporte le suffrage de la horde

avant toutes notions de justice où d’équité.

Le rose coquin l’avait bien compris.

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 17:06

Dans un jardin arboré, un paon faisait la roue toute belle.

Avançant à pattes assurées, l’animal brillait de tous ses ocelles en dégradé de nuances.

Son plumage aux coloris chatoyants se paraissait de barbules aux plumes bleues

que les reflets miroitaient à la ronde selon la lumière perçue.

L’oiseau paradait avec fierté, le col tendu, l’aigrette en couronne haute dressée.

Il brillait de ses mille teintes, criant son « Léon » au loin à qui voulait l’entendre.

Il était roi de beauté et aimât à se montrer.

Une jeune lapine, qui passait par là, vint à ses appels l’admirer.

Elle lui tourna autour, observa son panache et sous la vénusté tomba.

La voilà prête à l’aborder et lui dire tout le bien qu’elle pouvait penser.

Mais notre paon n’était pas oiseau facile à charmer.

La lapine ne méritant pas son intérêt,

il l’a laissa dire, lui permit d’ouvrir son âme avant de la congédier sans égard.

Meurtrie, elle s’en alla dans la tristesse tandis que notre paon se pavana de plus belle.

Elle vint à confier sa mésaventure au coq de basse-cour qui jugea l’affaire d’importance.

Car enfin, si mère Nature avait donné à ce paon des attraits si chatoyants,

il ne pouvait en abuser de la sorte.

S’avisant que d’autres victimes pouvaient subir cet APOLLON sans mérite,

il décida d’agir.

Le voilà qui rassembla perdrix, cailles et faisans ses cousins,

puis se posa en juge devant cette assemblée.

Il leur parla du paon, de la lapine et de leur rencontre,

concluant sans ménagement sur l’inexcusable de l’impertinent.

D’autres voix s’élevèrent alors pour dénoncer le vaniteux charmeur.

On découvrit que d’autres avaient aussi succombé à ses attraits ;

s’il cédait parfois à l’appel de ses conquêtes,

toujours il congédiait avec force indifférence, laissant ses prises dans la peine.

Nul ne savait vraiment si ces affirmations valaient vérité.

Mais beaucoup de ces volatiles à la jalousie perfide

virent là l’opportunité de lutter contre un concurrent déloyal.

Et l’animal fut estimé nuisible.

Il fallait sévir.

Une fronde s’organisa et le fraudeur capturé sans crier gare.

Ses protestations ne lui servirent guère.

À peine ouvrait-il le bec que tous le voyaient coupable.

Il fut déplumé et ses couleurs ternies.

Il n’échappa à la mort que de peu.

Le coq, estimant que c’était assez,

ordonna de le laisser aller, satisfait de son action.

Le paon se trouva un fossé à l’abri des regards tout honteux de sa parure,

sans comprendre cette injustice qu’il avait subie.

Et la lapine me diriez-vous ?

Ignorante des conséquences de son témoignage,

elle se trouva un lévrier dans un terrier douillet

oubliant même jusqu’à l’existence de cet oiseau à l’allure jadis magnifique.

 

À vous de juger, mes frères, de cette justice imposée à l’infortuné paon.

Est-il coupable de ses attraits ou victime de la vindicte de ses cousins ?

Une certitude cependant à propos de ce volatile superbe,

son arrogance fut sa perte, oublieux qu’il était d’appartenir à la horde.

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 19:55

Un éléphant sacré, arrivé au terme de sa vie, se préparait à rejoindre sa dernière demeure.

Il se savait vieux, riche d’innombrables années de vie.

Mère Nature lui avait apporté ses bienfaits, au milieu des tourments, des joies et des peines.

Jamais il n’avait manqué à sa bienfaitrice.

Toujours, il avait tenté d’agir au mieux.

Mais aujourd’hui, il avait rendez-vous avec la Mort.

Son temps était passé.

Il se mit en route sans un mot.

Il quitta le troupeau non sans hommages rendus à son passage.

Nulle larme ou peine n’accueillait ceux qui lui rendaient témoignage.

Il avait eu sa vie, il se devait à la Mort.

Seuls les plus jeunes se sentaient gagner d’un voile noir.

Que savaient-ils de l’existence pour savoir s’abandonner le moment venu ?

La harde passée, l’éléphant marchait seul.

Le chemin était en encore long vers ce lieu qui l’accueillerait enfin.

La Mort qui l’attendait sans impatience aucune

le rejoignit dans sa marche.

« Te voilà bien pressé de me rejoindre ? »

Dit-elle très curieuse.

« D’habitude on me craint ou on me hait, c’est selon.

Parfois même on me supplie de laisser la vie sauve.

Comme si je pouvais quelque chose. »

L’éléphant sourit, sa trompe balayant le chemin au rythme de ses pas.

« Pourquoi tant de haine ou de crainte à ton égard.

N’es-tu pas inévitable ? »

Lui répondit-il.

« Beaucoup l’oubli. La peur, sans doute ?»

Répliqua la Mort.

Il continua sa route en sa compagnie devisant sur son existence,

son expérience passée, ses réussites, ses fautes et ses erreurs pardonnées.

Il ne lui restait que l’espoir.

La Mort, en auditrice comblée, l’écoutait,

posant parfois des questions, affirmant parfois quelques vérités inévitables.

Jamais elle ne jugeait, ni ne condamnait, mais seulement observait.

Il arriva à la fin du voyage : le cimetière des éléphants,

lieu consacré où d’autres, avant lui, l’avaient précédé.

Il attendit au milieu des carcasses blanchies et des défenses posées.

« Cela sera-t-il long ? » Demanda-t-il.

« Qui peut le dire ? Lui répondit la Mort.

Je ne suis là que pour recevoir. »

Ils conversèrent encore un temps sur le mystère de l’existence.

Et l’éléphant, vieux sage d’entre les sages, s’en alla paisiblement.

La Mort recueillit son âme avec respect en s’inclinant sur sa dépouille.

Dans la solitude de son dernier voyage,

le troupeau célébrait au loin son passage dans l’autre monde,

dans un concert de trompes élevées.

 

Apprenez, mes frères, que l’inéluctable mort n’est pas à repousser,

mais à attendre avec raison quand le temps est venu.

Seule une vie de regrets est à redouter.

Tel est le prix de l’existence.

Le sage éléphant l’avait bien compris.

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 13:19

Au pays du roi-crapaud,

les jours s’écoulaient dans la douceur d’une paisible terre généreuse.

Un jour, une délégation de daims vint à sa rencontre.

S’adressant à lui avec tous les usages,

ils demandèrent une preste assistance contre une bande de hyènes assoiffées de leur sang.

« Sire notre peuple se meurt. Une horde sauvage nous assiège.

Il n’est pas de jour, sans que l’un de nous ne tombe sous leur assaut

et ne finisse par remplir leur ventre déjà plein de la veille.

Bientôt, nous ne serons plus.

Au nom du droit des hordes à vivre en harmonie,

aidez-nous à lutter contre ces prédateurs destructeurs. »

L’affaire était avérée sans aucun doute.

Mais, ces animaux ne dépendaient pas du souverain.

Issue d’une contrée lointaine, il pouvait ainsi ne point y donner de suite.

Cependant notre opportun monarque, vit là l’occasion de briller pour lui-même.

Rien de tel qu’une action de secours au profit de pauvres daims sans défense

pour s’attribuer le titre de juste et de puissant.

Sans compter que, face à son armée de fauves,

les hyènes ne seraient que plume devant une tornade.

Et voilà notre magistère, au renom recherché,

convaincu d’une victoire assurée dans une action d’éclat au profit de sa robe,

devenue bien terne au fil du temps.

Pour cette entreprise, il se voulut démocrate.

Recherchant l’adhésion de ses cours et de ses voisins,

il courut, bondissant et sautillant, tour à tour minaudant, croassant ou convaincant,

attribuant maints et justes mérites à la cause des cervidés en danger.

À la fin, un vote plébiscite en faveur d’une action de secours vint auréoler l’orgueilleux.

Les hordes libres s’unirent sous le commandement de notre crapaud-roi

pour la défense du droit aux troupeaux à vivre en paix.

Le voilà qui partit en guerre.

Ou plutôt qui envoya ses grands félins,

éléphants de bataille et autres aigles aux griffes meurtrières livrer combat.

À leur arrivée, les hyènes, balayées, n’eurent de salut qu’à la fuite.

Décevant quelque peu la mort qui se rassasiait par avance des nouveaux venus.

La victoire était sans appel et le pays des daims libéré.

L’aura de Sa Majesté put briller à cet instant tandis que les troupes rentraient en héros.

Et les daims me diriez-vous ?

Leur troupeau avait bien maigri le temps des palabres de leurs sauveurs.

Se remettant de leurs pertes,

ils virent arriver un cochon tout rose aussi gras qu’avide de leurs terres.

Au nom du péril combattu par son prince,

le voilà obtenir maints avantages pour y faire ses affaires sur leur domaine.

Car le roublard dodu y voyait un sol en friche sur lequel il comptait bien enrichir ses bourses,

tandis que les ruminants meurtris se rassemblaient sur un petit champ abandonné de tous.

L’action de notre roi-crapaud semble juste, mes frères, vous en conviendrez,

quoique teintée de mauvaises raisons.

Toutefois, sachez que toute bonne action vous lie à celui qui vous vient en aide.

Prenez-garde, que le prix à payer ne devienne servitude.

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 08:50

...

(Chap 3 : Des moutons et un crapaud.)

Face à ce souverain injuste, les moutons firent bloc derrière leur bélier.

Les voilà qui bêlèrent vaillamment.

Le triste sire des marais s’emporta devant cette fronde.

Son impuissance était patente.

La horde devint encline à écouter ces bêlements.

Pourtant le cochon se gaussait toujours.

Cependant il n’était point résolu à laisser son compère dans la contrariété.

Car après tout, le crapaud-roi ne lui était-il pas toujours utile ?

Dans le secret de ces oreilles vérolées, le dodu lui parla ainsi :

« Sire, qu’avez-vous besoin d’urgence pour résoudre le sort des moutons.

S’ils veulent rester dans leur morceau de pré, laissez-leur.

L’hiver venu, ils ne pourront s’en tenir à leur conviction.

La bise et la neige s’en chargeront.

La patience est tout ce qu’il vous faut. »

Le monarque trouva là sage conseil et s’en fut redevable envers ce loyal sujet,

pourtant cause de sa mauvaise position.

Ainsi vinrent les vents mauvais et l’herbage s’enfuit sous les cristaux blancs.

Les moutons, assiégés dans leur pré carré, ne tinrent pas longtemps.

L’abri de leur bergerie, si indispensable, leur était interdit.

Malgré leurs cris incessants, la horde ne les écoutait plus.

C’est que...l’intérêt de ces animaux de basse et haute cours est volatile, sachez-le.

Le bélier dû reconnaître sa défaite pour la survie des siens.

Il se rendit au roi-crapaud la tête haute, les cornes fièrement recourbées,

les brebis soudées derrière lui dans un silence de mort.

Nul n’y prêtait plus attention.

Le souverain ordonna la dissolution du troupeau qui lui avait tenu tête.

Le bélier fut récompensé comme il se doit.

Il termina sa vie au bout d’une broche sous les crocs des loups qui le trouvèrent à leur goût.

À la venue du printemps, l’on vit encore quelques moutons rescapés,

réfugiés au fond des bois qui bordent une verte prairie

où s’entassent pêle-mêle chèvres et lapins angoras.

Tandis qu’un adipeux cochon comptait et recomptait les bénéfices de ses bourses,

à l’abri des regards les plus éclairés.

Et la mort trouva en ce porcin un allié d’importance

qu’il convenait, sans aucun doute, d’en faire un membre honoraire.

 

Voilà une bien tragique histoire, vous en conviendrez.

Les moutons dociles devenus frondeurs par la force des choses,

ne pouvaient rivaliser face au coquin de cochon sans scrupule,

à moins de devenir loups et de se faire allié de la mort contre lui.

Sachez-le, mes frères, il n’est point de lutte

qui ne se gagne sans mesurer la détermination de son rival.

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 09:56

...

(Chap 2 : La révoltes des moutons.)

      Le trouble de ces héros anonymes devint confusion puis tourmente.

Certains moutons n’en réchappèrent pas et la mort les accueillit avec contentement.

Et puis, le cochon réalisa que ses ovins ne satisfaisaient plus à ses exigences.

Leur laine se faisait pauvre à l’image de leur vie devenue misérable.

Il se décida à les remplacer par ces animaux aux poils angoras

qui résistaient mieux à ces conditions de spartiate

au plus grand bénéfice de ses bourses,

car enfin... une seule ne suffisait plus.

Cette fois, l’annonce de leur fin arrêtée fit se révolter nos moutons autrefois si soumis.

Le bélier entra en scène.

Rassemblant ses brebis égarées, elles se mirent à bêler en troupe soudée

jurant que nul ne pourrait les sortir de ce foyer qui les avait vues grandir et prospérer.

Et le cochon se mit à rire.

Il envoya en ambassade un renard tout fripé, mais aussi rusé que lui.

Le canidé s’exprimant au nom de son maître leur dit en quelque sorte :

« Moutons, moutons vous voilà bien en peine de réclamer l’impossible.

Le monde tourne, tourne et ne peut rester immuable.

La situation est dure pour tous, il ne peut en être autrement.

Songez aux migrateurs qui s’élancent au-dessus des dangers quand la bise les rattrape,

pour y chercher fortune vers d’autres contrées plus amicales ;

et qui s’en retournent quand les beaux jours nous reviennent.

Faites comme eux et vous trouverez votre nouvelle vie. »

Le bélier ne fut point dupe.

Les mammifères n’étaient point volatiles.

Il commanda à ses frères de serrer les rangs et ils bêlèrent à nouveau avec fougue.

Le cochon s’en badina.

Puis, ne voyant rien changer, le bélier ordonna que soit refusée la deuxième tonte de ses congénères.

Ainsi, espérait-il mettre le porcin aux abois en le privant de ce bénéfice.

Mais le goret s’en divertit.

Car l’animal n’était point sot et par calcul posé,

avait déjà tracé ses desseins contre ces doux ruminants.

Il sut profiter de ce refus à son avantage, n’étant point dans la gêne ni en manque de ressources.

Il vint plaider sa cause auprès de son grand ami le roi-crapaud au milieu des cours réunies.

Le voilà qui, s’exprimant avec verve, détailla au souverain

comment ses intérêts étaient en péril par l’obstination de ses serfs en révolte.

Expliquant, avec certes regrets, la nécessité de disperser le troupeau,

car la laine de ses ovins n’avait plus court et ne pouvait perdurer.

Rajoutant que seul le courage de grave décision pouvait sauver le pré et donc leur bénéfice.

Racontant leur refus obstiné malgré une tentative honnête et juste de sauver

ce qui restait de cette harde.

Puis il conclut qu’ils le mettaient en grave déficit

contre lequel seul un juste souverain pouvait remédier.

Le roi-crapaud fut convaincu du bien-fondé de sa cause et se décida d’agir.

Et voilà notre vérolé prendre la suite de son rondelet complice.

Il envoya les loups encercler cette masse bêlante,

appelant ainsi de ses vœux à faire céder ces timides et leur front de rébellion.

Tandis qu’« in petto », le renard rendit hommage à ce pourceau tout rose pour sa roublardise

lui qui, pourtant, n’était point cousin de son espèce.

 ....

 

A suivre la semaine prochaine :

LES MOUTONS DANS LA PRAIRIE CHAP 3 : Des moutons et un crapaud.

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 19:56

(Chap 1 : Des moutons, un pré et un cochon...)

 

Un troupeau de moutons paissait sagement sur une verte prairie.

Ce n’était point des ruminants ordinaires.

Leur toison d’exception faisait la fierté de la horde.

Fruit d’un long travail qui durait toute une année,

ils n’étaient tondus qu’une fois l’an, après l’hiver,

pour donner une laine enviée par tous.

Cet herbage était leur univers.

Un havre où ils pouvaient patiemment se consacrer à leur laine ;

Où l’herbe grasse était leur récompense ;

Où les hivers étaient doux à l’ombre de la bergerie toute proche ;

Et les réserves abondantes sur la vaste pâture.

Ainsi les moutons duraient insouciants, sous le haut patronage d’un bélier protecteur.

Or voilà qu’un jour, vint le cochon.

Toujours à l’affût d’une bonne affaire, il vit là un moyen de garnir sa bourse déjà pleine.

Cependant, au vu de sa pesée, il lui fallait bien assurer son gras.

Notre pourceau s’entretint donc avec son complice de toujours, le bien nommé crapaud des marais,

élu roi par la force de ses discours bien qu’il ne restât qu’un crapaud vérolé.

Contre avantage sur les futurs bénéfices, le roi-crapaud lui céda le pré et les ruminants au-dessus.

Non que tout cela lui appartînt, mais il était Sa Majesté et sa parole valait propriété.

Le cochon se présenta donc devant nos doux laineux muni de titres

qui lui conféraient ces nouveaux biens.

«Holà les moutons, voilà venu le temps nouveau où il vous sera appris à vivre pour mon bien,

car voici que le pâturage doit être travaillé de manière plus accomplie.»

Les ovins ne comprirent pas ces propos, car tout allait pour le mieux,

mais c’était sans compter le porcin.

Le rose personnage se mit en demeure de faire sa laine sur leur dos.

Il leur commanda de tondre leurs toisons deux fois l’an, car deux valent mieux qu’un.

Il les éduqua aussi à brouter l’herbe à moindres frais.

Dorénavant, il leur fallait partager la place avec les chèvres et les lapins angoras

qu’il fit installer sur leur champ de verdure, car trois valaient encore plus.

Le cochon était calculateur et la vertu des nombres l’emportait sur la connaissance des moutons.

Serviles, ceux-ci obéirent à ce vil pourceau, car que savaient-ils de cette science ?

Ne valait-elle pas mieux que leur savoir séculaire patiemment acquis au rythme de Mère Nature ?

Et les moutons fournirent deux fois plus en herbageant dans une moindre pâture.

Promptement, le calcul de notre porcin rose se révéla prospère

pour le traitement de son escarcelle,

toute à la satisfaction de Sa Majesté des marais dont il était redevable.

Mais la toison de ces herbivores avait perdu de ses vertus tant reconnues.

Moins épaisse parce que tondue trop tôt,

elle perdait aussi de sa superbe, car portée par des ovins plus troublés.

Le manque d’espace tant sur la verte prairie que dans la bergerie

qu’il leur fallait partager avec les chèvres et les lapins

tourmentait ces ruminants qui abandonnèrent ainsi leur insouciance.

Et puis la nourriture vint à manquer, car la prairie, bien entendu,

s’épuisa rapidement par ces bouches trop nombreuses qui pacageaient jusqu’au dernier brin.

....

 

(A suivre la semaine prochaine le Chapitre 2 : la révolte des moutons...) 

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 23:02

Le chat sur un arbre perché venait là pour assister au prône du roi-crapaud.

Il faut dire que l’animal était curieux d’entendre ce monarque.

Tout le jour, un héron, héraut de Sa Majesté, avait battu la campagne annonçant à chacun

que le noble sire s’adresserait à tous pour leur prodiguer ses conseils.

Il était Sa Majesté et se devait d’être guide pour tous ses sujets.

Ainsi la horde s’était rassemblée, avec le chat en singulier sujet.

Le souverain apparu, tout de parure vêtu avec la grâce et l’élégance du vérolé qu’il était.

Et voilà notre altesse, juchée sur son escabeau, s’adresser à la foule du haut de sa petitesse.

Et le crapaud coassa.

« Le verbe est haut et la harangue belle » songea le chat,

en entendant le prince animer sa plèbe.

Et voilà notre félidé porter toute attention à ces coassements de haut lignage.

Mais, bien vite, l’intérêt se brouilla.

Le batracien déclamait bien, certes, gesticulant sur son allié,

affirmant que tout allait au mieux, promettant que tout irait encore mieux

et se congratulant de son action bien menée.

Mais, le chat attendait que soit dit le motif de cette assemblée.

Rien ne vint.

Le roi-crapaud continuait cependant.

Le voilà qui ratiocinait sur ses actes méritants.

Le félin ne comprit point la raison de ses vertus tant célébrées.

Car à la vérité, jamais ce beau prince à la peau verruqueuse n’avait rempli ses promesses.

Peu soucieux de ses paroles, l’orateur s’enflammait, s’emballait, sans qu’il ne s’arrêtât.

Le chat, lui, ne percevait rien de ce qui le motivait autant.

Et le crapaud poursuivait.

Son auditeur bâilla, puis s’étira, en s’accordant moins au tribun

qu’au papillon qui passait par là.

Et le crapaud persistait.

Sans cesse, il se prononçait sur la valeur de sa qualité.

Finalement, notre chat trouva la réponse dans un sommeil réparateur,

où seules ses moustaches savaient vibrer à l’unisson du déclamateur tant incompris.

Le roi mit un terme à son exercice, car tout doit s’achever un jour.

Tout fier de son exploit, il s’en alla en grande pompe aussi éclatant qu’il était apparu.

La plèbe se dispersa à son tour.

Les partisans saluaient là un grand moment de son règne.

Les opposants s’opposèrent, car il le fallait bien.

Et les indécis se demandaient toujours pourquoi ils étaient venus.

Le chat, ma foi, s’éveilla bien reposé et s’avisa d’une souris qu’il croqua avec entrain.

« Voilà donc cet étrange monarque dont le discours vaux moins qu’une souris désirable »

se résout-il à méditer avant de quitter son perchoir.

 

Vous aussi mes frères, apprenez la vertu de cette histoire.

Il est vain de croire que la valeur d’un discours se mesure à l’abondance des mots,

quand bien même ils seraient déclarés joliment.

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 Puisque vous voilà ici arrivé,

 au terme des méandres de cet opuscule.

 Prenez donc le temps d'y inscrire votre précis,

 et d'y instruire votre serviteur par un examen sans préjugé,

   qu'il soit blâme, remontrance ou censure,

ou bien, par un hasard heureux, un éloge sincère.

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