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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 16:42

Un chat habillé d’angora à la parure de tigre tout en noir et blanc

paressait allongé sur une longue branche.

La patte pendante, l’honorable félin profitait de ce moment appuyé sur ses moustaches.

Non point qu’il fut fainéant,

mais l’animal était à son heure de repos après une chasse, ma foi, des plus gloutonnes.

Et puis, le chat est un sage s’accordant à la réflexion de son entourage.

Une autruche au galop, vint troubler ce paisible.

Passant devant lui, puis repassant au loin, il la vit courir,

puis courir encore au milieu de la plaine verdoyante.

Le chat s’intrigua.

Tout le jour, il vit cet étrange oiseau aller et venir, disparaissant puis réapparaissant,

mais toujours cavalant, se dépêchant ou se hâtant.

Parfois, ce grand animal s’arrêtait

et, avec adresse, plongeait la tête dans le sol pour ne plus y bouger.

Quand il en sortait, en vérité, c’était pour courir encore.

Les félidés sont d’un naturel curieux sachez-le.

Et celui-ci ne fit pas exception.

Sautant de sa branche, le voilà qui s’approche du grand volatile dans ses moments d’immobilité.

« Holà toi  ! » Miaula-t-il. « Qu’est-ce qui te fait courir ainsi  ? »

L’autruche, tête baissée en terre enfouit, se trouva bien dépourvu d’être ainsi découverte.

Et la voilà regardant de haut ce quadrupède à fourrure.

« Qui es-tu, toi, à venir troubler ma route  ?

Ne sais-tu point qu’une vie de labeur se doit d’être vive

et menée avec autant de vigueur que possible  ?

Avancer, avancer sans cesse, car s’arrêter c’est mourir.

Qu’as-tu donc appris dans ton existence  ? »

Sur ces paroles, voilà notre personnage reprendre sa course effrénée,

laissant, là, le chat qui s’en retourna sur son perchoir.

Celui-ci médita sur l’oiseau le voyant encore passer et repasser sans cesse.

À la fin, l’emplumé s’arrêta pour de bon cette fois et ne plus jamais se relever.

Notre félin, qui assista à la scène, lui trouva une oraison sur le refrain d’un soupir.

Puis, il reprit sa route à pas de velours

profitant du chemin devant lui sans jamais revenir à cet arbre

d’où l’on peut voir encore les restes d’un volatile perdu dans sa course

qui pourtant jamais ne cessa de se hâter.

 

L’autruche partit vite, mes frères, sans aller loin, vous en conviendrez.

Tandis que le chat, suivant le temps qui passe, sut bien mieux tracer sa route.

Apprenez que la course chimérique de l’un vaut moins que le profit de l’instant présent de l’autre.

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 16:12

Un renard au nez fin vint un jour à découvrir un poulailler.

N’écoutant que son instinct il trouva qu’il y avait là matière à se régaler.

La pensée d’un festin de volailles sous ses dents lui donna toute témérité.

Le voilà s’avançant à pas feutrés devant l’enclos de ses victimes.

Et n’étant point arrêté par ce treillage,

il sut, bien sûr, le franchir par le dessous.

Le renard est ainsi, peu au fait des bonnes manières,

mais grand par la finesse de ses rapines.

Or, atteignant son but,

il fut pris à partie par un chien de berger.

Garde vigilant de ses lieux tant convoités, le canidé avait vu venir l’insolent.

Connaissant bien son opposé, il savait ce qui convenait de faire.

L’action fut brutale certes, mais efficace.

Le rôdeur devenu malchanceux ne dut son salut qu’à la fuite,

emportant avec lui un douloureux souvenir sur sa cuisse.

Car son poursuivant s’était décidé à le mordre jusqu’au sang

dans le but véritable de le marquer à vie dans son impudence

bien que le fuyard n’en demandait pas tant.

L’affaire semblait finir pour le mieux me diriez-vous.

Mais…une poule médisante vit toute la scène et s’en émut.

« Comment  ! Voilà que ce gardien prétend rendre justice par la force de ses crocs

alors que la seule prévenance de sa présence doit suffire à écarter le danger. »

Caqueta notre poule dans son bec.

Elle ne put se résoudre à admettre une telle infamie.

La voilà qui se mit en concert avec ses congénères,

dénonçant avec force détail la brutalité du chien face au pauvre renard

qui devint ainsi une victime à protéger.

Les poules rassemblées eurent vite fait de reconnaître l’importance de son témoignage.

Et chacune y ajouta son avis.

Car enfin n’y avait-il pas le risque qu’avec de tels agissements,

le chien ne devienne comme le loup  ?

Ne devait-on pas préserver la horde de tels actes indus,

au nom de cette liberté de vivre tant recherchée  ?

Ce caquetage attira d’autres volailles.

Comme ce couple d’oies blanches qui passait par là et qui criaillait contre le chien.

Ou bien encore ces canards nasillant au sortir de leur mare pour se joindre au poulailler.

Et puis sans trop savoir pourquoi un dindon gloussa en écho.

Tout ce remue-ménage trouva à réveiller le coq de ce lieu

plus habitué à réveiller les autres.

Voilà donc notre poulet, à la crête levée, faire taire cette basse-cour.

Et après s’être avisé du motif de cet émoi, il devisa de la situation.

S’il trouva bien inique de traiter de la sorte le gardien zélé tant décrié,

il s’avisa également qu’il valait mieux composer avec ce rassemblement de poules.

Il trancha donc la question et proposa de prévenir toute nouvelle action exagérée

de ce bon chien par une solide muselière et une laisse fixée.

Ainsi, expliqua-t-il, le cerbère ne pourrait plus agir de manière excessive

tout en assurant son office par sa présence vigilante.

La proposition fut adoptée, le chien mis en laisse et muselé.

Le calme fut revenu à la satisfaction du coq.

Il y eut bien ce cheval un peu bourru

qui tenta vainement d’avertir le manque de sagesse d’une telle mesure,

mais il n’était qu’un mammifère et ne trouva point d’attention à ses mises en garde.

Durant ce temps, le renard qui pansait ses plaies

s’était juré de ne plus revenir dans ces lieux dangereux.

Pourtant, il apprit l’infortune de cet ennemi éternel.

Il vit là sa chance et revint à l’enclos de sa forfaiture.

Découvrant le garde maintenu, il lui fut fort aisé d’entrer sans danger.

Le chien tenta ce qu’il put, mais incapable d’aboyer ou d’atteindre l’intrus,

il se retrouva sans espoir d’agir.

Et le renard sans peur fit son festin.

La poule, par qui le drame est arrivé, se trouva la première croquée par celui-là.

D’autres suivirent, jusqu’à ce que le conquérant fut repu

et qu’il s’en alla aussi simplement qu’il était venu.

Le coq, perché sur son fumier, ne put qu’admirer le désastre

et blâmer cette poule qui n’était plus là pour l’entendre.

Le gardien, libéré, s’en fut veillé sur un troupeau de moutons auprès de qui, espérait-il,

ces oiseaux piailleurs bien sots ne viendraient point entraver son action.

 

La poule fut bien récompensée de son émoi contre le chien, vous en conviendrez, mes frères.

À ce destin malheureux, sachez que toute opposition à une vile action

se doit d’être menée avec force si l’on veut laisser à tout gardien la réussite de sa charge.

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 13:38

 Sur le chemin du retour, le mauvais temps lui fit perdre sa route.

Le voilà dans l’indécision quant à la direction à prendre.

Il erra donc au hasard sous les trombes d’eau qui le harcelaient sans cesse.

Et c’est alors qu’il manqua de tomber, la trompe la première, dans un trou.

Où plutôt de trou, il serait plus approprié de dire une fosse.

Louant sa bonne fortune, un grognement de rage et de désespoir

venu du fond du gouffre vint attirer son attention.

Un tigre, qui n’avait pas eu sa chance, se débattait dans ce piège où l’eau allait l’engloutir.

La mort serait satisfaite, c’était une bien belle bête que celui-là.

L’éléphanteau ne sut que faire,

car le fauve, s’il n’était pas un danger pour ces pachydermes imposants,

savait bien croquer leurs petits quand ils tombaient sous ses dents.

Mais… par courage ou la folle idée d’un novice,

voilà que soudain notre héros avisa un tronc de bonne taille et prit parti.

Il le poussa, il le tira de toute la force de sa trompe et de ses pattes réunies

qu’à la fin, cette grume tomba dans la cavité en formant une passerelle de salut.

Le tigre sut bien sûr bondir hors de celle-ci et se retrouva devant son sauveur.

Ce dernier réalisa alors qu’il avait un prédateur aussi haut que lui et ressentit la peur.

Mais la mort était partie.

Déçue peut-être, mais pas vraiment, car enfin… ce n’était que partie remise.

L’animal lui reviendrait c’était inévitable.

Le tigre salua respectueusement l’éléphanteau, et s’éloigna tandis que la pluie s’éteignit.

Le jeunet revint parmi les siens après avoir longuement réfléchi à toute cette histoire.

Il sut reconnaître devant son aîné avoir appris,

par trois bonnes leçons, la réponse à sa question qui fait la sagesse de l’éléphant.

 

Et vous aussi mes frères, avez-vous saisi ce que notre éléphanteau a acquis  ?

La considération des autres est recherchée par tous, c’est certain.

Mais s’il est vrai que de l’artifice ou la force affichée

peuvent assurément obtenir cet hommage tant espéré ;

l’estime véritable ne vaut que par les gestes effectués à l’égard des autres.

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 17:40

Se reposant de ses aventures, le jeune pachyderme se mit à penser.

Ce n’était point une habitude pour cet esprit en devenir,

mais il ne cessait de ressasser la dure leçon de son aîné.

Et comme la pensée peut être vive quand elle sert à la réflexion utile,

une question vint le tarauder.

C’était une de ces interrogations qui ne s’oublient point tant qu’elles restent sans réponse.

À la fin, il s’en retourna la poser à son parent.

« Comment s’acquiert l’estime des autres  ?

Car enfin on ne peut vivre méprisé de tous »

Cette fois l’éléphant lui accorda toute son attention.

Avec intensité, il réfléchit puis envoya l’éléphanteau devant la cour du roi avec ces mots  :

« Va devant le roi-crapaud et apprend de lui l’égard que lui portent les cours. »

Voilà notre petit mammifère au milieu de la haute et la basse cour.

Aucun de ses membres n’avait de regard pour lui, car après tout qu’était-il sinon rien  ?

Il se plaça dans un recoin et observa.

Il vit un crapaud tout d’habillé d’or et de pourpre trop grands pour sa taille,

assit sur un trône à l’éclat magnifique dont le seul défaut était le verdâtre de Son Altesse.

Il vit ces grands et petits animaux se prosterner devant lui,

lui qui tenait si haut le sceptre et la couronne.

Toute l’attention était sur lui.

L’éléphanteau restait songeur.

Est-ce cela la réponse à sa question  ?

Faire briller l’or et l’habit de pouvoir  ?

Mais de ses grandes oreilles, il put entendre rumeurs et vilaines choses sur ce crapaud-roi assit sur son trône que la présence des loups aux crocs acérés faisait dire tout bas.

Le héros de cette histoire ne sut que conclure,

sinon que ce petit batracien avait conquis les apparences, mais non point les cœurs.

Une violente averse vint disperser le troupeau et mettre fin à ses cogitations.

...

 

(A suivre la semaine prochaine le chapitre 3)

 

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 13:41

Un éléphanteau plein de vie broutait les herbes autour de lui,

saisissant vivement sa nourriture en touffe par sa trompe juvénile.

Un papillon coloré voletant et virevoltant vint s’égarer sur ce nez imposant.

Il se retrouva négligemment posé sur l’instrument.

Son propriétaire arrêta promptement son exercice

et le regarda avec deux grands yeux furieux.

« Qui es-tu pour oser interrompre mon repas, insecte misérable  ?

N’as-tu point d’égard pour moi que tu t’autorises à fouler séant l’objet de mon espèce  ? »

S’en attendre de réponse à la raison de cette effronterie,

voilà le petit pachyderme à tenter d’attraper l’audacieux,

tournoyant sur lui-même, balançant sa trompe en tout sens,

il le voulait trépasser pour cette insolence.

Mais le lépidoptère sut échapper à ce jeune enragé.

Il trouva refuge sur la tête d’un éléphant de bonne taille

qui n’avait pas manqué d’assister à la scène.

Le petit s’immobilisa devant ce parent imposant,

la mine réjouie d’imaginer l’aide de cet allié salutaire.

Cependant le sage éléphant ne fit rien pour le jeune animal.

Au contraire, avisant une branche à sa portée,

il rafraîchit l’insecte par quelques gouttes d’eau claire déposées là, à la fraîcheur du matin.

Puis le papillon reprit sa route saluant respectueusement son sauveur,

et, tournant les ailes à son agresseur, il le gratifia d’un battement de défi

qui le fit griser d’irritation.

L’éléphanteau ne put répondre à cet outrage marqué contre lui,

car son aîné, par sa trompe, le retint fermement.

L’insecte s’éloigna tout heureux de son effet.

« Pourquoi  ? » Barrit le jeune pour protester, indigné par le camouflet subi.

« Que t’a fait cette créature pour t’emporter ainsi  ? » Reçut-il en réponse.

Notre petit pachyderme s’élança dans un grand bavardage ;

avançant impérieuses raisons sur le manque déférence de ce misérable aux ailes colorées,

sur la honte de cette offense et la nécessité d’un exemple pour les autres.

Car après tout, lui l’éléphanteau, ne devait-il pas recevoir l’estime des plus petits,

s’il voulait un jour réclamer l’hommage et la considération qui lui était due  ?

Ces barrissements, dits avec la force de ce jeune âge, n’avaient point impressionné l’éléphant.

Il fit taire l’impudent et l’envoya sans condition vider sa querelle au bord de l’eau

où il pourrait à grand jet, rafraîchir cette tête bouillonnante.

Sans comprendre ce parent injuste, il s’exécuta malgré tout.

Il se retrouva ainsi pataugeant, s’aspergeant à grande eau sans trouver le calme demandé.

Soudain un crocodile la gueule ouverte émergea du liquide.

« Comment oses-tu troubler la tranquillité de cette eau  ?

Ce n’est pas l’heure de ton troupeau.

Puisque tu perturbes ma chasse, soit mon gibier.

Tu seras un exemple pour tous les tiens  ! »

La trompe fut attrapée avec force, l’éléphanteau se débattit tant qu’il put,

mais la mort n’était pas au rendez-vous.

Relâchant son étreinte pour attraper une patte, la proie s’échappa.

C’est le membre meurtri et tout apeuré

que le jeune éléphant se mit sous l’imposante protection de son aîné.

Tout tremblant, il lui raconta sa rencontre avec ce crocodile indigne.

« Te voilà devenu papillon semble-t-il  ? » Conclut l’éléphant.

À ces mots, l’esprit de notre éléphanteau comprit la leçon de ce sage parent.

Il se remit à manger l’herbe avec sa trompe endolorie

jurant que l’on ne l’y reprendrait plus à se laisser distraire par si peu.

 

(A suivre la semaine prochaine le chapitre 2)

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 23:12

Deux fiers rhinocéros solitaires se rencontrèrent, un jour, sur un pont.

L’un et l’autre venaient à l’opposé de leur route

et se trouvèrent bien marris de ne pouvoir traverser ce ponceau.

En effet, la largeur de cette arche de fortune ne leur permettait pas de se croiser côte à côte.

Les voici donc se faisant face en son milieu.

« Toi qui es devant moi, recule donc que je puisse passer  ! »

S’exclama en premier l’un d’eux.

« Que nenni mon brave, toi recule que je puisse passer  ! »

Répondit le second qui aurait pu être ce premier.

« Je te l’ai demandé d’abord. Alors, recule  ! »

« Mes sabots ont foulé ces planches avant les tiens. Alors, recule plutôt  ! »

Et voilà, nos deux mammifères s’invectivant de belle manière au milieu de la passerelle.

Étonnante question que posent ces deux-là.

Qui des deux mériterait d’avancer et qui mériterait de reculer  ?

À cette énigme, ils ne trouvèrent de réponse,

considérant qu’il leur était à chacun le droit de passer avant l’autre.

Le débat faisait rage quand un vautour décharné, en quête pour sa survie,

passa par là et s’arrêta devant la scène.

« Vous voilà bien en peine de trouver solution à votre problème »

déclara-t-il soudain, interrompant nos deux cornus du museau.

Leurs réponses furent communes  : « Que veux-tu maudit volatile à nous interrompre ainsi  ? »

« Votre débat est d’importance et se doit d’être tranché.

Pourquoi ne pas laisser la force d’un affrontement en décider. Je serai votre arbitre. »

Les deux rhinocéros reconnurent là paroles sensées et s’accordèrent à un duel de force.

Il fut décidé que l’un contre l’autre se pousserait.

Et celui qui serait repoussé du pont serait le second à franchir cet obstacle de discorde.

Et la lutte commença.

Tête conte tête, croisant leurs cornes affûtées, les voilà qui s’affrontent dans cette épreuve de force.

Notre vautour qui les regardait ainsi, n’était pas en reste,

encourageant l’un puis l’autre dès qu’ils faisaient montre de faiblesse.

Finalement, le second à parler, qui fut le premier à fouler le pont,

repoussa son adversaire à son point de départ.

La question semblait ainsi tranchée et la concorde revenue.

Mais, le perdant de cette lutte légitime fut balafré durant l’affrontement.

La colère le prit.

Il jura qu’il ne laisserait passer celui-ci que lorsque l’injure sur sa peau serait payée.

Notre indigné chargea, museau fumant, cornes baissées.

Cette fois la bataille fit rage et il n’était plus question de règle ou d’arbitre.

Et le vautour, me direz-vous, il laissa faire.

Trop content, qu’il était de jouir de la scène.

Quand la poussière cessa d’être battue, elle retomba en pluie.

Il ne restait plus qu’un belligérant.

Le second avait pris la fuite.

Mais il ne resta pas longtemps debout, ses blessures l’achevèrent.

Il s’écroula devant ce pont qu’il l’avait vu combattre.

L’autre ne survit pas non plus.

La patte brisée avec des blessures multiples, il mourut dans un coin à l’ombre d’un saule pleureur.

Le vautour entra alors en scène, se régalant de la chair du vainqueur,

bientôt suivi par d’autres de ses congénères.

Le vaincu, lui, subit le même sort, mais par une bande de hyènes à l’affût

que sa mort n’avait pas manqué d’attirer.

 

Rappelez-vous bien de ceci, mes frères  :

À l’apparition de tout conflit, les charognards sont toujours là

dont le profit n’a d’égal que la perte des belligérants.

 


LES DEUX RHINOCEROS ET LE VAUTOUR
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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 12:41

Un phénix aux ailes déployées planait avec douceur au milieu des courants chauds.

Volant haut sans crainte du soleil, car cette bête fabuleuse est l’ami du feu et de la cendre.

Cherchant un endroit pour s’y poser, il le trouva au bord d’une eau claire au calme reposant.

Sur un rocher, il surplombait cette étendue qui s’offrait à lui, lui, qui attendait son heure.

Un éphémère se plaça devant cet Oiseau de feu,

son corps longiforme et sa tête dressée en signe de défi.

« Toi l’Éternel que viens-tu faire ici-bas  ? N’as-tu pas mieux à faire que de nous narguer  ?

Nous, les insectes à la si faible vie  ? »

Le volatile le regarda avec égard  : « Qu’as-tu ainsi à me courroucer  ? »

« Toi tu vis sans crainte de la mort, tandis que nous, de nos larves issues,

ne vivons que pour mourir à peine sortis de l’eau.

Peux-tu me dire, la justice apportée à nos existences.

Le sais-tu, toi qui dois vivre depuis l’éternité  ? »

« Sache que la tâche qui t’est dévolue dans ce monde, malgré le court instant qui t’est accordé, est essentielle à la bonne marche de nos vies. Je ne suis qu’une légende en ces lieux,

tandis que tu apportes la vie. Apprends-le  ! »

À ces mots, l’éphémère mourut comme il le devait.

Le phénix mourut également se consumant brutalement pour ne laisser que des cendres.

Puis, dans une gerbe de feu, il renaquit.

À son réveil, il avala le corps de l’insecte devenu utile à son appétit ainsi que ses frères,

jonchant par milliers le sol autour de lui.

D’autres le suivirent devant cette abondance nourricière.

Puis le festin fini, ceux qui n’avaient pas trouvé preneur

se retrouvèrent à nourrir la terre l’enrichissant pour les plantes à l’entour.

Là, ne s’arrêtait pas l’action de ces éphémères.

Car de sa présence dans cette eau, le voisinage savait pouvoir y boire sans traîtrise.

Ainsi servait cet insecte à la vie si courte, mais à l’utilité si grande.

Le Phénix déploya ses ailes et s’envola à nouveau, tandis qu’au fond du lac salvateur,

il voyait grouiller les larves qu’avait laissées derrière lui cet éphémère qui ne comprenait pas sa vie.

 

Apprenez mes frères, que l’importance d’une vie n’est que le produit de ses actions.

Il est oiseux de croire que la grandeur vient des illusions.

 


Le phénix et l'éphémère vidéo

 

 

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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 14:11

Un âne, aux pas assurés et à la démarche confiante,

parcourait un étroit sentier à travers la montagne dangereuse.

Il portait sur lui ballots, colis, sacs et autres paquets

qu’il savait transporter entre deux vallées,

parcourant ces hasardeux chemins, souvent mortels pour qui ne connaissait pas ces lieux.

L’équidé était le porteur de ce pays.

Il le connaissait comme ses sabots et savait mieux que quiconque comment le traverser.

Ce baudet était estimé par tous.

En effet, l’animal était issu d’une longue lignée de portefaix

qui, au fil du temps, s’était formée à ce service.

Ses muscles trapus et son équilibre affirmé

lui permettaient de passer aisément par les chemins les plus tordus

tout en portant de lourdes charges.

Et surtout… l’expérience de ces lieux, accumulée depuis des générations,

lui avait été transmise par son géniteur qui la tenait du sien.

Il avait appris avec lui, après force leçons,

tout ce que devait savoir un porteur pour accomplir son office.

Et ainsi, le bourricot avait rejoint sa vocation

sur les pentes escarpées de ce massif devenu connaissance.

Il savait juger du poids à porter pour le chemin à venir,

et jauger du passage à prendre pour achever sa mission commandée.

Jamais il ne faisait défaut. Toujours, il arrivait avec son transport au complet.

Malgré la dureté de la mission, l’âne était fier de son action

et n’en aurait changé pour rien au monde ayant élevé sa charge au rang de science.

Bien sûr, son emploi avait son prix, mais nul ne s’en plaignait,

car, après tout, le service en valait la peine.

Sauf pour un cochon tout rose à l’embonpoint remarquable et à la queue toute tortillée,

qui trouvait, malgré tout, matière à s’en plaindre.

C’est que… le dodu n’aimait point dépendre de cet indépendant.

Il aurait préféré être payé pour transporter ses marchandises

plutôt que de verser son écot, toujours trop selon lui.

C’est pourquoi ce porcin au gras indiscutable et bien connu de tous,

chercha moyen à s’affranchir de cet animal par trop onéreux.

Et il trouva, bien entendu.

Le rose comploteur fit venir des lamas.

Ces derniers, issus d’un pays lointain abandonné à la sécheresse, ne lui demandaient rien de plus

que quelques brins d’herbe dont ils pourraient se régaler à l’envi, durant leur marche forcée.

Le pourceau avait trouvé, là, idée de génie pour sa bourse bien remplie.

Il sut la vendre, colportant la rumeur d’un transport à moindres frais qu’il ferait payer à qui le voulait.

L’âne conscient de sa valeur et de sa peine à l’ouvrage ne pouvait rivaliser.

Malgré ses protestations, personne ne l’écouta et il se retrouva sans rien à transporter.

Tous lui préférèrent ces ruminants, par ma foi, sympathiques au prix du pourceau.

Et le baudet, ayant perdu son office, dut quitter le pays pour trouver un labeur à ses sabots.

Le cochon envoya ses porteurs à l’ouvrage, calculant déjà ses futurs un labeur à ses sabots.

Le cochon envoya ses porteurs à l’ouvrage, calculant déjà ses futurs bénéfices.

Mais… le lama n’est pas un bourricot, vous en conviendrez.

Le service ne fut pas à la hauteur, tant s’en faut.

Du prix demandé, peut-être, mais pas du résultat escompté.

Les lamas ne connaissaient pas le pays et encore moins le savoir de l’âne.

Ils étaient souvent en retard quand ils n’arrivaient pas du tout.

Et puis, ils ne portaient pas comme lui, ou à la rigueur, comme des bourriques.

Leur charge était plus légère et, parfois même, ils la laissaient au bord du chemin

quand ils étaient partis trop lourds, ne sachant pas ce qui les attendait.

Certains y laissèrent leur vie et le porcin dut les remplacer.

Finalement, les habitants des vallées décidèrent de se passer de ces étrangers,

qui n’étaient pas à la hauteur de leurs sommets.

L’âne fût regretté, bien sûr, mais il n’était plus là.

Le rosé cochon, brillant par sa bonne fortune, fut vaincu par la montagne.

Mais ne croyez pas qu’il se laissât aller à son infortune.

Il sut vendre ses ruminants à prix d’or en boucherie

pour quelques prédateurs, en mal de viandes exotiques.

Le cochon est ainsi, jamais à court de bonnes idées.

Et notre équidé, me direz-vous  ?

Le grison trouva dans un plat pays une marche à faire, une charge à tirer.

Roulant tout le jour une meule dans un moulin,

maudissant sans cesse ce traître de goret rose,

il ne cessait de regretter son art passé qui l’avait conduit dans ces cimes

où il avait connu le bonheur d’une charge bien remplie.

 

Nul ne peut prétendre remplacer le fruit du travail et de l’expérience par un expédient.

Le cochon aurait dû le savoir, mais il ne s’en souciait point.

À trop vouloir l’oublier, c’est construire sa pauvreté.

Apprenez, mes frères,

que le meilleur labeur est moteur de richesse, quel qu’en soit le coût.

 

 

 

 

 

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 20:19

Un sanglier s’élançait à corps perdu dans la verte campagne ;

Traversant les bois pour y trouver des glands, truffes et autres mets délicats ;

Recherchant sans relâche tubercules, pommes de terre, radis et autres plantes savoureuses

partout où il pouvait manger des cultures, et parfois plus.

C’est que… la bête est gourmande et ne demande qu’à être contentée.

Son passage ne laissait pas indifférent, loin de là.

Tel le Hun, cet Attila ravageait tout sur sa route.

En tout lieu où il se trouvait, il ne laissait derrière lui que désolation.

Et les populations d’herbivores qui subissaient cet outrage ne cessaient de se plaindre.

Mais la plainte n’est rien sans courage.

Tous craignaient cette furie, n’osant rien pour l’arrêter.

Une assemblée de ces paisibles eut lieu.

Après maintes lamentations exprimées, tous s’accordèrent à dire

qu’une action se devait d’être montée.

Mais aucun ne savait dire laquelle.

Car enfin, chacun avait d’autres choses à s’occuper,

ou plutôt n’avait guère envie de connaître ce sanglier furieux.

En vérité chacun préférait ne pas affronter sa couardise,

sentiment bien méritoire vous en conviendrez.

Au milieu des meuglements, bêlements, hennissements et autres paroles par la terreur motivée,

le concert de cacophonie battit son plein.

Un miaulement plaintif et continu leur fit dresser les poils, où ce qu’il en restait,

et fit taire ces dissonances inutiles.

Un chat à l’épaisse fourrure et la moustache habillée fit son entrée.

Par son silence obtenu, juché sur une haute poutre, il s’exclama à peu près ainsi  :

« Vous voilà donc, messires, dans la discorde face à ce péril commun.

D’autres que vous auraient trouvé avantage à s’unir, car l’union fait la force.

Et si d’aventure vous ne trouviez accord sur ce point,

peut-être vous souviendriez-vous que le roi a pour devoir d’assurer la paix à ses sujets. »

Ces mots eurent l’effet escompté et entente fut trouvée.

C’est alors que s’éleva une seule voix  : « Demandons au roi. »

Ainsi donc, une délégation fut envoyée.

Le silence se fit et le chat put s’en retourner à sa méditation.

Se trouvèrent devant cet illustre, après l’octroi au cochon bien payé,

une vache tachetée à la mamelle gonflée, un bouc laineux aux cornes enroulées,

une biquette maigrelette mais à la vitalité avérée,

et pour finir un cheval de trait au souffle fatigué.

Cet équipage ne payait pas de mine face aux pelages, plumages

et autres robes peignés avec soin qui entouraient le monarque

dont la peau n’a plus besoin d’être montrée.

La requête fut présentée comme il se doit.

Elle reçut un accueil incertain ou, disons-le, plutôt froid.

Le crapaud ne savait que dire et les courtisans ne voyaient pas la raison à supplique.

Car enfin… que faisaient-là les lamentations de cette plèbe, qui ne les concernaient pas.

Ne leur demandait-on pas de fournir uniquement, par travail forcé,

le besoin à la couronne et de ses flatteurs, sans plainte aucune  ? !

Que venait faire, ici, cet encombrant sanglier  ?

Ce fut le cochon qui leur apporta son aide.

Mais n’y voyez pas dans ce salut, une habitude de ce dodu rose à la queue tire-bouchonnée.

Lui ne savait que tondre et non point être tondu.

C’est qu’il comprit vite comment menace pesait sur ses intérêts par ce cousin destructeur.

Qui payerait l’impôt, la dîme et la gabelle, si ceux-là n’avaient plus rien à donner  ?

Il sut, bien entendu, faire part de son tourment à son crapaud d’acolyte.

Celui-ci n’eut point de peine à comprendre,

malgré la taille de ses réflexions qui n’avaient d’égale que la sienne.

Mais la simplicité de la chose était à sa portée.

Pour les courtisans aussi, une fois que l’on fit l’effort de les motiver.

Cette fois, la clameur de cette ambassade gagna les cours et le trône.

« Envoyons les loups  ! » cria un renard. « Que cette mauvaise bête ne soit plus. »

« Mais qui nous protégera durant cette action  ? » s’inquiéta une oie peureuse.

Et les avis furent partagés. Le souverain trancha.

Il commanderait aux loups de partir en campagne, ramener la tête de cet importun.

Aux simples examens était ce crapaud-roi qui se voyait impitoyable.

La meute s’élança. La battue s’organisa. Et le sanglier s’échappa.

Discret sut se faire le barbare, attendant la fin de cette vague de force et de crocs affichés,

peu surprenante en vérité.

À la fin de cette équipée, la garde prétorienne dut s’en retourner.

S’ils avaient empêché notre sanglier d’agir,

ils n’avaient point ramené sa tête.

Et la bête revint, bien entendu, remplir la place laissée vide.

Il fallait bien qu’il contente son appétit vorace, n’ayant aucune peur du souverain de ce pays.

Le crapaud insatisfait ne savait plus que faire.

Un chien racé de grande taille, aux oreilles pendantes et au museau allongé

se présenta devant lui  :

« Roi  ! » aboya-t-il. « Un danger menace ton royaume.

Tu lui as envoyé tes chiens de guerre, mais la bête vit toujours.

Moi, je puis résoudre ce péril. Me laisseras-tu partir et agir à ma guise  ? »

Gloussements, murmures et chuchotis accompagnèrent ses paroles

fort peu convenables devant ce seigneur.

Le crapaud s’interrogea, le cochon ne sut que dire.

Car le chien, depuis l’avènement de ce souverain, n’était plus en odeur de sainteté.

Gardien vigilant de cette terre depuis des lustres,

il s’était vu déposé au fond de cette cour sans en connaître la raison,

car la raison du crapaud-roi n’appartient qu’à lui.

Mais le chien est fidèle. S’il ne reconnaît plus son maître, il reste attaché à la couronne.

« Fort bien  ! » coassa finalement le crapaud.

« Puisque tu prétends mieux faire que mes loups rassemblés. Va  ! Et ramène-moi sa tête. »

Et le chien partit en chasse.

Le voilà, parcourant les domaines, cherchant la trace de son gibier,

humant l’air de sa truffe aiguisée, scrutant,

interrogeant les habitants de ses terres inquiètes qui lui faisait bon accueil,

car le chien est reconnu dans ses contrées où le loup est craint.

Et il trouva son sanglier.

Le face-à-face resta dans les mémoires et fut raconté ainsi  :

Dans un bois clairsemé, notre chien attendit sa proie de pattes fermes et la queue fébrile.

Il savait le voir passer par là pour y rechercher son plat favori.

Le rustre fit son entrée, comme à son habitude,

mais trouva devant lui un obstacle inattendu.

« Toi le sanglier  ! » aboya-t-il. « Tes agissements sont contraires à la horde.

Je t’ordonne de t’arrêter  ! »

Ce digne commandement fut à la hauteur, la bête chargea.

Le limier s’effaça devant cette course effrénée,

pour mieux saisir une cuisse sans défense laissée par notre barbare à l’allure si puissante.

Le sanglier se débattit avec rage,

tentant de faire lâcher prise ce mammifère au mordant si accrocheur.

Mais il tint bon.

Sa proie s’épuisa puis s’écroula dans un dernier cri de révolte.

Le chien restait agrippé à sa jambe.

« Tu as gagné  ! » haleta le vaincu blessé.

« Achève-moi donc que ton maître puisse se glorifier de ma tête. »

Le gardien n’en fit rien.

Il obtint de ce félon qu’il rentrât dans la horde.

Sa furie devint force. Le désordre provoqué fut réparé par celui-là même qu’il l’avait créé.

Contre sa subsistance, le sanglier devint allié de ces herbivores autrefois niés

qui se trouvaient téméraires devant la bête domestiquée.

Et l’ordre fut rétabli.

De retour devant son souverain, le chien fut récompensé comme il se doit.

Il fut banni des cours.

Il ne plut point au seigneur de se retrouver sans tête à exhiber.

Mais il sut être implacable pour ce chien à la juste mesure.

Le cerbère s’était montré juge, alors qu’il le voulait bourreau.

Et qu’importe si à la fin, le sanglier rendait bien des services.

Car pour notre crapaud la loi du plus fort est toujours la meilleure.

 

Ce vieil adage est toujours respecté, semble-t-il  ?

Et pourtant…

Qui du bourreau implacable ou du juge impartial détient la vérité  ?

Il appartient à chacun d’en juger.

La seule assurance de cette histoire, mes frères, est que la force n’est rien sans la concorde obtenue.

 

 

 

 

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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 19:13

Dans une haute tour à l’allure de PISE se tenait perché notre roi-crapaud.

Là, au milieu de choses innombrables toutes de brillances lustrées,

l’animal semblait inaperçu tant cet univers écrasait de splendeur.

Mais c’est ainsi que le batracien à la parure des marais aimât à se montrer et à se voir surtout.

Il passait un temps certain à se mirer devant son image royale,

tant il se trouvait beau dans son habit de monarque à la couronne posée.

Pour une grenouille sans nul doute.

Or, en ce jour qui débutait, notre personnage avait un comice avec sa gloire  : il rendait la justice.

Ce mémorable sur son trône avait jugé bon de laisser sa trace au mémorial

en se faisant un Salomon.

Ainsi, prenait-il à cœur de trancher les questions à coups de sceptre abaissé,

et qu’importait s’il parvenait à mettre contre lui les justes et les éprouvés.

Car, sur les conseils avisés de son coquin de cochon,

le roi payait son service au prix fort, moins la part du porcin.

À ceux qui ne pouvaient le prix versé,

il leurs était permission de donner à la mesure de leur moyen,

moins, bien sûr, les bonnes grâces du souverain.

À ceux qui leurs était facile de remettre la valeur exigée,

il leurs était conseillés d’en donner plus,

pour satisfaire encore plus les faveurs du souverain.

Quant à ceux qui s’exclamaient indignés de verser cette dîme au seigneur de tous ces sujets,

le gras cochon répondait qu’il fallût bien pensionner cette noblesse au prix de son service.

Des crocs bien acérés et des yeux de fureur affichée,

par ces loups à la garde prétorienne de cette altesse,

achevaient de convaincre les plus réservés.

Pour cette aventure, notre crapaud se rendait sur son trône tout de parure vêtu.

Le voici, drapé de sa pourpre aux écailles de dentelles cousues,

portant en fierté affichée le bâton royal et la couronne.

Sur ce chemin, suivaient en procession la haute et la basse cour.

Le crapaud-roi voulait ainsi apparaître devant tous ses gens,

leur rappelant la grandeur de leur maître, malgré sa petite taille montrée.

Or, voilà qu’une gêne subite issue de son corps

vînt troubler le contentement de notre majesté en mouvement.

Il n’y prêta aucune attention, le temps était à son ravissement d’afficher ainsi son pouvoir.

Sa modeste chair ne pouvait l’en priver ainsi.

Il se posa donc sur son trône avec son meilleur ami l’escabeau,

élevé au rang d’égal tant son service était grand.

Et notre crapaud de Salomon put commencer son office.

Mais… il n’eut point à l’exercer longtemps avant que son trouble ne se rappelât à lui.

Le héros de cette aventure n’en eut cure et balaya l’importun.

Seule comptait à ce moment son action cultivée.

Rien n’y fait, et n’en déplaise à notre personnage, il en fut incommodé.

Il résista cependant, continuant sans relâche la poursuite de sa charge.

Sa contrariété continua, se faisant plus insistante.

Voilà notre crapaud, par cette gêne poussée, ne cesser de se dandiner sur son royal siège

à tenter d’empêcher l’irréparable.

Cette fois la chose était grave, car le juge n’était plus à son exercice,

et l’assemblée s’en avisa, sans en faire part à leur altesse.

Car, avec celui-là, il n’était point bon de le troubler par de vaines questions.

Le combat continua avec fureur cependant.

Plus poussé à la faute que jamais, notre crapaud s’accrochait à son trône avec la rage du désespoir.

À la fin, il céda à l’exigence de son petit corps vérolé.

Dans un ultime désespoir, il renvoya tous ses gens par la force de son autorité de roi,

laissant là tomber le bénéfice de son service.

Et le gras cochon, plus désespéré encore, dû rendre les prix tant demandés.

Une fois seul, voilà le batracien abandonnant là couronne, sceptre et habit de pouvoir,

pour se jeter au bas de son trône et sautiller comme la bête habillée de vérole qu’il était.

Il se mit en quête de retourner dans son marais de naissance

où il savait y rencontrer un coin solitaire pour y faire son affaire.

Ce faisant, le voilà enfin soulagé de tant de contraintes,

et nous aussi d’ailleurs devant ce malheureux faisant face à cet appel de Mère Nature.

 

Que retenir mes frères de cette histoire des plus étranges.

À voir ainsi ce royal personnage perdre sa superbe par son corps trahissant,

il me vient un constat qui vous convient de prendre comme il vient.

Apprenez donc princes, consorts et souverains sujets, qu’une fois arrivés sur le trône,

nous restons tous pareils.

 

 

 

 

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