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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 14:06

    Un taureau superbe se tenait sur une haute colline.

Deux cornes jumelles, aux formes élégantes, ornaient une tête agréable.

Tête, dont la symétrie parfaite s’accompagnait d’un museau au souffle fort et triomphant.

Son corps imposant, mais sans gras inutile, inspirait la puissance.

Quatre jambes solides aux muscles saillants portaient cet illustre,

tout recouvert d’un cuir dur au pelage noir.

Notre taureau pouvait ainsi se prévaloir du titre de remarquable,

tant Mère Nature l’avait pourvu de si belle manière.

Ses attributs d’ailleurs n’en étaient pas moins.

Tout l’amenait à conduire un troupeau de sa race,

dont l’admiration le faisait d’être suivi sans restriction.

C’était un fier taureau à charge d’âme qui pouvait l’être.

Un jour, un taureau quelconque se tint au bas de la colline.

En fait, il se trouvait pourvu de deux cornes à l’usure certaine et aux formes indéfinissables.

Sa tête d’une asymétrie véritable au regard fatigué savait faire sourire sur son passage.

Le corps, qui le suivait, était si peu remarquable qu’il laissait indifférent.

Ses pattes, si elles remplissaient leur fonction, n’inspiraient aucun attrait.

Quant au reste, ma foi, que dire si ce n’est qu’il n’y avait rien à dire.

En un mot et un seul, c’était un taureau bien commun.

Ainsi va la vie où chacun se doit d’être avec ce que Mère Nature lui donne.

Notre vulgaire s’approcha du magnifique et lui donna son avis.

« Il y a dans notre monde tant de différences entre nous qu’elles valent la peine d’être partagées.

Aussi rassemblons-nous, toi et ton troupeau et sachons ne faire qu’un dans l’adversité.

Ainsi pourrons-nous tirer le meilleur parti de chacun. »

Le noir taureau regarda cet intrus, il le toisa, le pesa et le jugea.

« Toi au vil profil, à l’allure de mauvaise bête, qu’as-tu à offrir qui puisse convenir ?

Sache que ne s’assemble que ce qui se ressemble.

Regarde derrière moi le troupeau dont tu me parles.

Chacun de ses membres porte dignement sa toison.

N’entrent dans ma harde que ceux qui s’apparentent à ce que je suis par essence.

Toi qui n’es rien, retourne d’où tu viens,

et s’il te plaît de croire que tu puisses te mêler à quelque chose

songe que la fange peut toujours t’accueillir »

À ces mots finis, la fière bête d’Hercule lui présenta son profil pour lui signifier son silence.

Notre ordinaire reçut sa réponse et s’en alla en bas de la colline.

L’on pourrait penser le voir abattu, mais bien au contraire,

il trouva que le conseil de ce grand noir n’était point sot.

Il persévéra donc et chercha tant et bien dans les dépressions alentours,

qu’il trouva à réunir ceux dont son opposé n’avait pas voulu.

C’est ainsi qu’en bas de la colline se trouvait amassée une troupe bigarrée,

aux allures incertaines, mais bien portante pour le moins.

Tandis que, là-haut sur la colline, s’unissait un troupeau de bovins aux allures magistrales,

et à l’uniformité certaine.

C’était les beaux jours, le temps des veaux et du vêlement.

Nos deux troupeaux s’activaient ardemment, car ainsi est leur raison de vie.

En bas, la diversité s’accrut aux aléas des étranges mélanges que permettaient leurs différences.

En haut, l’uniformité s’accrut aussi, mais en moins grand nombre,

car la beauté est plus rare et plus fragile aussi.

Puis vint une sécheresse un peu distraite qui se perdit dans le pays,

coupant soudainement court à la douceur de vivre.

Elle ne laissa la place qu’à ce maître Soleil envahissant avec son ardent désir de briller.

Et les troupeaux eurent soif.

En bas, un vieux zébu tout ridé qui avait vécu, se souvint de sa jeunesse d’Afrique

où la sécheresse n’est point une ennemie pour qui sait s’en prémunir.

Et son troupeau apprit.

Ils creusèrent la terre pour y trouver racines et plantes en sous-sol

qui attendaient, là, la prochaine venue de l’eau.

Récupérant l’humidité de ses matines plus froide,

avant que la chaleur ne la fasse fuir en vapeurs éphémères.

En haut, c’était une autre affaire et la mort, toujours prompte à se faire remarquer, prit son dû,

car tous ne savaient que ce que l’autre connaissait et la sécheresse était ignorée.

Notre noir taureau ne s’émut point du cas de son troupeau.

Après tout, seuls les plus robustes méritaient de vivre.

Puis vint cet automne au roux arboré, apportant son réconfort, avant que l’hiver ne prît sa place.

Par mégarde un blizzard violent accompagné d’un froid polaire s’égara sur la colline.

S’y trouvant bien à son aise, il décida d’y rester, quelque temps.

Et les troupeaux eurent froid.

En bas, une providentielle bovine à la laine frileuse,

issue du croisement improbable entre une génisse aventureuse et un yack éperdu,

n’oublia pas les leçons de son père pour qui ces inconforts sont légions.

En un cercle étudié, le troupeau se rassembla sous son commandement.

Les plus robustes, à résister à l’assaut des glaces, eurent une place désignée.

Ils dessinaient les contours de cette figure choisie,

tandis qu’à l’intérieur, s’y trouvait le reste du troupeau rassemblé qui pouvait s’y réchauffer.

La neige, poussée par les vents, se trouva un obstacle,

car tous s’étaient couchés sur ses pattes repliées pour ne former qu’un.

Et cette blancheur cristallisée les recouvra tous, formant par là un igloo protecteur.

En haut, ils se regroupèrent également, mais de moins bonne façon,

car aucun ne savait s’y prendre face à ce froid imprévu.

Ils restèrent debout, quand il aurait fallu s’étendre.

Et les flocons virevoltaient à foison sous leurs membres frigorifiés.

Tous, de même constitution, ne songèrent qu’à eux.

À vouloir le centre de leur assemblée, ils se désorganisèrent quand il aurait fallu être solidaire.

À la fin, le blizzard retrouva son chemin, mais à son prix.

Après lui, maints membres de ce troupeau magnifique ne se relevèrent plus.

Le noir taureau survécut, et avec lui une poignée seulement.

Le troupeau d’ordinaire se releva, mais sans souffrance, car aucun ne fut perdu.

Si les beaux jours revinrent à nouveau, après une si mauvaise année,

nos deux troupes ne firent plus qu’un au bas de la colline.

Car les survivants du haut en voyant ceux du bas,

n’eurent plus de scrupules à se mélanger, s’ils voulaient à nouveau croître et multiplier.

Et, avec eux, était apportée une force à durer.

Un seul cependant refusa, vous devinez lequel.

Ainsi, à l’aube de ces nouveaux jours,

notre ordinaire du début se souvint de celui-là perché sur la colline.

Ce téméraire espiègle s’en approcha et lui dit à peu près ceci  :

« Vous m’avez comblé d’aise avec votre conseil et de bonne fortune avec votre troupeau rescapé

que diriez-vous de rester ici haut le phare de ces alentours  ?

Ainsi pourrions-nous profiter de votre brillance pour attirer les bœufs, vaches et autres bovins. »

Le maître de ce sommet, devenu cimetière par la grâce des choses, se moqua à nouveau,

mais sans un mot cette fois, n’ayant plus rien à dire.

Son orgueil déplacé se changea en fierté inutile, de celle qui a su faire tomber des empires.

Tandis qu’il resta seul, au milieu de ces os glorieux,

maître soleil, toujours assidu, achevait de les blanchir.

À l’heure ou je vous parle, l’on peut voir encore un noir taureau briller au firmament,

mais bien solitaire en vérité, car l’obstiné n’en démordait pas  :

il était bien meilleur que tous ceux-là, au bas de la colline.

 

Que faut-il apprendre de ce taureau absurde  ?

Si l’uniformité est une chose charmante, mes frères,

Mère Nature a choisi la diversité depuis des temps séculaires pour sa grande fortune.

Sachez-le donc, la somme de plusieurs imparfaits vaut mieux que l’unité d’une perfection.

 

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 12:24

Le roi-crapaud, tout d’éclat habillé, se tenait en haute estime au milieu des courtisans.

Se tenant d’un droit maladroit comme un lombric marchant sur ses pieds,

portant haut le spectre de son pouvoir,

il n’entendait que la douce musique de leurs flatteries.

« Que vous voilà beau  ! Oh  ! Mon seigneur  ! »

« Que vous voilà grand seigneur  ! Oh  ! Mon grand roi  ! »

Ainsi pouvait-on entendre les paroles d’estime adressées à ce petit batracien des marais,

tout de verrues recouvert.

Ils se promenaient au milieu d’un bois clairsemé, car leur roi l’avait décidé.

Le monarque se plaisait en ces lieux.

Tout autour de lui n’étaient que maigres arbrisseaux,

jeunes fougères sans panache et brins d’herbe aplatis.

C’est que… la parcelle avait subi l’outrage d’une tempête déchaînée,

où la colère de Zeus n’avait rien épargné.

Mère Nature avait donc fait son office.

Au milieu du bois tombé, autrefois forêt d’envergure,

la relève sortait du sol avec le temps, son allié.

De cette manière était l’endroit abattu, mais plein d’avenir.

Notre crapaud se pavanait dès lors, là où il pouvait briller sans risque.

En effet, sur ce domaine, où partout l’on pouvait voir la colère divine,

tous préféraient ne voir que lui.

Lui qui pourtant ne venait de rien, devenait soudain le phare à suivre dans cette débâcle.

Tout un symbole bien orchestré, avec l’aide d’une couronne, bien entendu.

« Oh  ! Dieu qu’il est beau  ! » s’exclama soudain une girafe au coup bien tendu.

Les jacasseries s’arrêtèrent et le silence se fit.

La sincérité de ces paroles surprises ne laissait aucun doute dans l’esprit de chacun.

Il ne s’agissait pas du crapaud.

Plus loin, un arbre trônait au milieu du désastre, un chêne à l’aspect séculaire.

Non qu’il fût beau avec son habit d’écorce ridée et ses branches enchevêtrées parfois tordues,

mais… l’enveloppe de ses feuilles persistantes, la grandeur et la dureté de son tronc

ne laissaient pas de marbre.

En un mot et en un seul, l’arbre inspirait le respect.

Tous les courtisans le voulaient voir de plus près.

Et le troupeau délaissa son maître pour se tourner vers cette lumière.

Ils voulaient le toucher, ils voulaient le sentir, s’abriter dans son ombre et ressentir sa puissance,

car l’arbre ne parlait pas, ne bougeait pas, il était là tout simplement.

C’était un vieux sage, que la longueur des années avait façonné.

C’était un survivant que les dieux avaient épargné parce qu’un tel arbre méritait de vivre.

Il insufflait la vie, la méditation, la réflexion.

Et chacun put le ressentir.

Notre crapaud, roi par le choix de la horde, ne vit là qu’une atteinte à son rang.

Et il partit en croisade contre cet arbre sans défense.

Or, un clan de castors croisa le chemin de ces gens.

Industrieux sans fortune, ils étaient en ce lieu par le hasard de cette infortune.

En effet, ces besogneux trouvaient là travail à nettoyer la parcelle de ces débris nombreux,

laissant ainsi aux jeunes pousses le libre champ de leur vie.

Et l’arbre était pour eux le havre d’un repos bien mérité.

Repos, dont le temps était venu.

Hélas… c’était sans compter le crapaud.

Voilà notre souverain saisir sa chance à leur venue.

Il ordonna de son autorité royale que soit abattu cet arbre populaire,

argumentant mauvaises et fausses raisons.

Les courtisans restèrent interdits ne sachant que faire ou que dire.

Pour le moins leur attention se porta à nouveau sur leur crapaud de roi.

Tous sentirent bien qu’il y avait matière à réflexion avant d’agir

car enfin, si l’arbre était encore là, il y avait bien une raison.

Mais nul n’osa rien dire à ce petit batracien vociférant de colère

devant l’hésitation de son ordre donné.

Les castors ne comprenaient pas ce besoin d’abattre cet arbre.

Finalement, mais avec léthargie, chacun trouva raison au commandement du prince.

Pour la girafe c’était l’empêchement de voir jusqu’à l’horizon.

Pour le buffle, un obstacle dans une course effrénée.

Pour le cochon, l’arbre valait mieux en planche que sur pied.

Ainsi tous se rangèrent du côté de leur souverain

et les castors n’eurent plus de doute quant à la chose à faire.

Un seul, cependant, voulut, par son avis, s’opposer à ce fol projet,

un gros ours mal léché qui connaissait la forêt.

Mais la clameur alentour l’étouffa.

Ainsi donc nos amis les castors se mirent à l’œuvre,

sous la garde vigilante de leur commandant en chef, le bien nommé crapaud des marais.

« Haro  ! », coassa-t-il tandis que l’assaut fût lancé.

Mais notre arbre ne se laissa pas faire.

La charge se brisa devant l’écorce abrasive et la dureté du bois.

Notre crapaud ne se laissa pas démonter.

Haranguant ses troupes de toute la force de ses discours, les castors se remirent à la charge.

Cette fois, l’écorce céda montrant une chair de bois brune pleine de sève et de vie.

L’arbre saigna, mais ne succomba point.

Le troisième assaut fut plus dur encore et les castors le sentirent dans leurs dents.

Le bois fut attaqué certes, mais il tint bon.

Cette fois, le général s’abandonna à la fureur.

La révolte de cet arbre se devait d’être matée, c’est que… l’affaire était devenue personnelle.

Toute résistance à un sombre monarque s’expose à de vilaines réponses, croyez-le.

Quand bien même l’action est juste, il faut être prêt à payer le prix fort

pour combler ces puissants de leur colère déclenchée.

Surtout quand la cause est solitaire comme pour cet arbre isolé.

Ainsi le choc de cette dernière ruée resta dans les mémoires,

le dernier titan de bois contre la nuée de castors aux dents affûtées à l’extrême.

Et l’arbre s’abattit dans un craquement de mort que tous ressentirent dans leur cœur,

même l’autruche, la tête en terre plongée.

« Victoire  ! », coassa le crapaud qui tout à sa joie sauta sur le tronc désormais mis à terre.

Même ainsi, il restait petit face à ce géant renversé.

« Vae Victis  ! », marmonna l’ours que nul n’avait voulu écouter.

Et, sans regarder le sort réservé au vaincu que l’on élaguait avec entrain,

il s’en alla, jurant que l’on ne l’y prendrait plus à suivre pareille crapule à la vérole habillée.

Nul ne s’en soucia quoiqu’ils pussent en penser.

À la fin, il ne resta plus qu’un tronc sans vie que notre vainqueur décrétât de garder ainsi

comme trophée d’une victoire sur lequel il pourrait se jucher à l’envie

et montrer à tous qu’il était le plus fort.

Après la fête qui suivit, tous s’en allèrent dans leur logis, n’ayant plus rien à voir,

et les castors aussi, n’ayant plus de logis.

Mais, toute action a conséquence et celle-ci également.

Une colonie de termites trouva dans notre tronc mort un abri, un hameau d’abondance.

La tendre substance fibreuse des arbrisseaux alentour devint un mets de choix

pour ces parasites gloutons.

Puis vinrent les fourmis qui contestèrent à leurs ennemis jurés ce garde-manger inespéré.

Ainsi toute verdure se trouvait menacée et quelques insectes vertueux subirent le même sort.

D’autres parasites s’invitèrent à la fête jusqu’à que plus rien ne resta.

À la fin, seul notre tronc évidé trouva sa place au milieu d’un désert que le sable avait recouvert.

Même notre crapaud ne revint plus sur lui.

 

Que dire de plus, mes frères, de cette dramatique histoire,

si ce n’est cette question que pose l’évidence.

Qui du crapaud souverain, des courtisans lâches ou des castors serviles sont les plus vils

à laisser faire cette tragique action  ?

À chacun d’y répondre en son âme et conscience, car à cette vérité je ne puis m’y résoudre.

 

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 16:30

      Un batracien à la peau verruqueuse coassait à plein au milieu du marais,

 car du marais était sa maison, son pays, sa terre.

Or donc, notre crapaud se sentait petit, car petit est notre animal, au milieu des roseaux,

des marécages putrides et autres végétaux qui composaient son vaste territoire ;

vaste… enfin… à hauteur de crapaud.

Du haut de sa grandeur, il ne régnait que sur les insectes, misérables et insignifiants

dont il était le prédateur, la bête à faire peur, l’ogre de leur cauchemar.

Après tout, ne devait-il pas apprécier rien de moins qu’un bon repas de moustiques

à la sauce libellule  ?

Selon mère Nature oui, mais pour notre amphibien non.

Ne se nourrissant que par nécessité, il ne trouvait plaisir dans sa condition.

S’il était roi dans son pays, il voulait être empereur du monde.

Un jour, il vint une clameur par-delà la végétation putride de ces lieux humides si riches de vie, relayée en cela par des arbres centenaires et la population du lieu  :

« Le roi est mort  ! »

Le roi est mort.

Le vieux lion au panache incontesté, à l’autorité crainte, mais à la royauté reconnue,

s’en était allé vers son dernier voyage en laissant derrière lui un trône vide.

« Cela ne se peut  ! », s’exclamaient les oies, canards, perdrix et autres volatiles

qui composaient cette basse-cour.

« Cela ne se peut  ! », reprenaient en cœur chevaux, sangliers et autres grands mammifères

qui constituaient l’élite de cet ancien roi.

Notre crapaud s’en alla devant cette illustre chaise que la rumeur clamait de remplir.

Du bas de sa hauteur, il se vit assis dessus et se trouva une révélation.

Il serait roi sur ce trône, tel était son destin, sa voie, sa trace qu’il laisserait sur ce monde.

Le premier crapaud de sa lignée qui s’y assiérait.

Vaine chimère, penserez-vous et pourtant…

Pourtant un prompt secours, vint à la rescousse de notre crapaud à l’allure si petite,

mais à l’espoir si grand.

Ainsi, un gras cochon vint auprès de lui qui s’extasiait devant sa convoitise.

« Vous voilà plein d’espoir mon brave devant ce fait. »

« Devant ce fait  ? », interrogea notre héros.

« Un prochain roi devra être choisi, car la chaise ne peut rester vide. C’est ainsi. »

Lui raconta notre roublard à la peau rose qui n’avait pas oublié les fables de son enfance.

« Et comment devra-t-il être choisi  ? », s’enquit le batracien, non sans arrière-pensée.

« Par les cours, ceux des grandes et des petites, et par la plèbe de ces lieux.

Ainsi doit régner notre prochain roi.

Le choisi peut-être vous ou quiconque saura convaincre pour être porté par le plus grand nombre.

Ainsi est la loi. Vous plairait-il d’être celui-là  ? »

À ces mots, le crapaud ne se sentit plus de joie.

Enfin, en voilà un qui le comprit sans mépris.

Et voilà nos compères se préparer à la campagne qui s’annonçait.

Le cochon était fin renard et savait préserver ses intérêts.

Refusant d’entrer en lice, il ne savait que trop qu’il valait mieux rester dans l’ombre

que d’entrer dans la lumière pour mieux faire son affaire.

Il vit en notre crapaud le roi qu’il saurait faire entrer dans ses grâces, à son plus grand bénéfice.

Non qu’il fût dans le besoin, mais il restait toujours en quête d’augmenter sa fortune.

Tel était le cochon bien que son gras, déjà accumulé,

le mit à l’abri du besoin durant mille vies au moins.

Notre crapaud partit, parcourant le pays, des terres isolées aux plus riches,

accompagné de son porcin de complice.

Partout il se fit connaître. Partout il se métamorphosa pour complaire à ceux qui l’écoutaient.

Qu’il s’adressât aux girafes, buffles et autres grands animaux,

il se mettait à leur hauteur par maint et discrets artifices.

Qu’il se trouvât en face de la limace ou du ver de terre,

le voilà humble vermisseau se prosternant devant les plus petits que lui.

Ainsi savait-il dire, droit dans les yeux de quiconque, que sa parole est d’or

bien qu’il ne fût que crapaud vérolé.

Il promit tout et à tous. Surtout, il promit que tout changerait.

À celui qui demandait pourquoi, il répondait qu’il le fallait bien.

Et tous acquiesçaient de bon cœur.

À la taupe, il promit qu’elle verrait la lumière ;

au cheval de trait qu’il commanderait le buffle pour tirer la charrue ;

au buffle qu’il commanderait le cheval au labour de la terre.

Et chacun pouvait entendre ce qu’il voulait.

Plus que les promesses, le crapaud se découvrit un art pour les discours.

Il coassait tant et bien que tous écoutaient ce qu’ils voulaient entendre.

Et le cochon s’en félicitait.

Bien sûr d’autres que lui en firent autant.

Une lionne notamment que seule inquiétait la préservation de la horde.

Ses propos pleins de sagesse en faisaient le meilleur choix pour tous.

Mais… c’était sans compter le crapaud.

À la fin, la lionne et le crapaud se trouvèrent face à face dans un dernier affrontement devant tous. La lionne vit là sa chance de terrasser ce crapaud devenu ennemi.

Des paroles de bon sens et l’expérience de la horde étaient ses armes.

Las, les coassements et l’artifice l’emportèrent sur la raison.

Et le crapaud fut choisi.

Le cochon exulta devinant par là ses futurs bénéfices.

Le nouveau roi monta sur le trône, désormais le sien, à l’aide d’un escabeau,

tandis que les lionnes et leurs petits sentaient bien que la fin de leur règne était venue.

Il advint ce qu’il devait, car une fois dans la place il fallait bien gouverner.

Notre crapaud ne se laissa pas détrôner, mais il déçut, bien entendu, plus souvent qu’à son tour.

À l’exception toutefois de notre cochon bien dodu qui prit deux tailles de plus, pour le moins.

Le seul à qui notre crapaud n’eut besoin de faire de promesse.

 

Nous voilà à la fin de notre histoire, bien que notre crapaud n’ait pas fini la sienne.

Que dire de plus, mes frères, si n’est que les discours ne valent que pour ceux qui les écoutent.

Prenez garde ! Car les paroles ne sont que le produit du vent sur une langue bien affûtée.

Elles ne valent rien avant les actes réalisés.

 

 

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