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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 14:21

Un petit matin voyait s'élever un timide soleil dont la lumière naissante venait lécher des murs blancs en pierre de taille. Le bâtiment municipal s’éveillait à la mesure du levé du jour ; classé monument historique il faisait l'orgueil de son maire.

Pourtant, la petite commune se sentait perdue dans cette Ile de France aux pouvoirs nationaux concentré issue de ce pays républicain à l'esprit démocratique certain, aux élections persistantes et aux élus remarquables.

Mais aujourd'hui la modicité du village ne cachait pas la fierté de notre héros, premier assesseur de trente ans d’âge. Président du seul bureau de vote pour les deux cent dix-sept âmes qui composaient la population de ce territoire dortoir, il était le président d'un jour dans la salle communale qui bordait la mairie car ce dimanche était jour d'élection.

07 heures, le responsable du bureau de vote ouvrit la salle qui allait servir de réceptacle à ces ambitions éphémères … qu'il referma aussitôt entré. Les bureaux de vote ne devaient être ouverts qu'à 08 heures.

A l’intérieur, tout était déjà prêt… depuis la veille. Mais, le héros de cette histoire n'avait pu s'interdire de venir aussi tôt. Il s'imaginait déjà se tenant debout contre vents et marées, accroché à l’urne transparente scellée dont l’éclat de plastique était terni par les ans, égrenant inlassablement cette interjection mythique : « A voté ! », devant une foule pressée de réaliser leur devoir républicain.

Mais à cette heure, il était bien seul dans sa salle vide à la porte fermée et aux rideaux tirés.

Il vérifia et revérifia alors pour la centième fois que tout était prêt : le positionnement des tables et des chaises, la solidité des deux isoloirs, le glissement discret des rideaux sur la tringle et leur opacité, les poubelles placées là où, d’un geste discret à l’abri des regards, les bulletins rejetés se verraient jetés sans ménagement et enfin l’urne dont il vérifia le fonctionnement du clapet dans un clic-clac rageur signe de la fin de sa check liste.

07 heures 10 minutes, le héros attendit n’ayant rien à faire, debout d’abord, puis assit les bras croisés en se sentant soudainement inutile.

Un bruit déchira l’air frappant d’une longue sirène le silence alentour. Notre héros se réveilla brusquement au passage de ce bruyant scooter au pot d’échappement trafiqué, fait pour signaler à tous que la machine infernale arrivait, était là puis fut passé dans un souvenir de vibrations stridentes aigus.

Le yeux rougis par un sommeil profond trop court, il regarda machinalement sa montre : 08 heures 05 minutes ! Il bondit de sa chaise jusqu’à la porte d’entrée qu’il ouvrit d’un élan violent. Personne.

Aucun électeur n’attendait à la porte, pressé d’en finir.

Dans un soupir de soulagement, il ouvrit le deuxième battant plus calmement et se mit en place… derrière son urne. La pièce restait toujours aussi vide.

Mais où étaient donc ses deux assesseurs ?

08 heures 07 minutes, le premier assesseur s’agaça de ce retard. « Mais qu’est-ce qu’ils foutent bordel ! » s’exclamât-il tout seul. Une petite voix de la raison lui tinta qu’ils allaient arriver, qu’il ne fallait pas s’inquiéter. Mais, il ne put s’empêcher de maugréer contre ce retard inadmissible, contre cette atteinte à leur devoir et au sérieux de leur fonction.

08 heures 10 minutes, cette fois il ne tint plus. D’un geste rageur, il prit son téléphone au fond de sa poche bien décidé à incendier les deux retardataires avant de réaliser qu’il n’y avait rien dans ce sac de toile cousu à son vêtement.

Il fouilla son costume trois pièces à la cravate Windsor double, mais rien. Il avait oublié son Iphone 6 dernier cri à la coque dorée d’une série très limitée vendu de par le monde.

Cette fois il se sentit pris au piège.

Que faire ? Fermer la boutique, retourner chez lui, prendre l’objet oublié avant de revenir dare-dare. Il calcula que cela lui prendrait qu’un quart d’heure tout au plus, voir même dix minutes s’il était rapide. Mais si quelqu’un venait se serait dramatique. Abandonner son poste lui paraissait inenvisageable.

Dans l’indécision et la confusion la plus total, la libération vint. Les deux assesseurs se présentèrent nonchalamment à 08 heures 11 minutes tout en babillant sur la futilité du temps qui passe. Il s’agissait d’un couple : un premier adjoint et une conseillère municipales, quinquagénaires dépassés qui ne montraient aucune inquiétude à leur retard.

Ils furent bien accueillis : « Vous êtes en retard ! ». Le ton agressif et le visage dur, le premier assesseur ne put s’empêcher d’exprimer toute la frustration qu’il éprouvait.

La réponse du premier adjoint fusa sans attendre : « Bonjour quand même. Et il est où le petit matériel ? ».

« Le petit matériel », par ce sobriquet notre premier adjoint, vieux briscard de la politique communale qui enchaînait les opérations électives comme d’autre leur petit déjeuner, désignait par-là les enveloppes, bulletins de votes et listes électorales, sans oublier les procurations enregistrées, le pochoir signataire, règles et autres Bics pour faire bonnes mesures. Tous ce « petits matériels » sans quoi un vote ne peut se faire.

Le président du bureau de vote se figea dans une expression indéfinissable. Lui qui était arrivé plus d’une heure plus tôt, lui qui avait tout vérifié et revérifié, il avait oublié de sortir le carton enfermé dans le bureau d’état-civil de la mairie où tout ce « petit matériel » avait été préparé pour son jour de gloire.

Dépité devant ce constat de bêtise personnel, il quitta brutalement la salle sans plus un mot pour s’engouffrer dans la mairie dont il avait la clef pour la circonstance.

Nos deux assesseurs prirent ainsi le temps de s’installer. L’un deux sorti un thermos de café bien chaud, l’autre un carton de viennoiseries qui démontrait le savoir-faire de son boulanger.

Les habitués de ce genre d’exercice avaient prévu l’essentiel.

Le retour du président d’un jour fut théâtral. Le premier adjoint et sa collègue virent arriver précipitamment un homme tout essoufflé, manifestement au bord de l’asphyxie tenant dans ses bras, comme un enfant son doudou, le fameux carton objet de tant d’effort. L’installation du « petit matériel » fut rapide quoique notre héros se fit remarqué par sa frénésie dans l’action, obligeant ses assesseurs à repasser derrière lui, avec indulgence.

08 heures 45, le bureau de vote fut préparé à recevoir ces « invités ».

Le premier assesseur s’était remis de sa course folle, de ses émotions et de sa frustration grandissante depuis son arrivée. Un petit café et un croissant l’avez réconcilié avec ses coreligionnaires. La tenue réajustée et la cravate remise à sa place, il se sentait fin prêt, à son poste derrière son urne tel un capitaine à la barre.  Enfin.

09 heures 30, rien. Le seigneur du navire électif se senti abandonné. Pas un clic-clac « urnesque » n’était venu ponctuer la phrase tant attendue. Le président du bureau de vote se mit à déprimer tandis que les assesseurs remplissaient le vide d’un blabla régulier.

« Oh rage ! Oh désespoir ! Oh solitude ennemie ! Ne s’était-il tant appliqué que pour cet abandon. »

Son esprit criait famine de se sentir inutile à la cause républicaine ; son être réclamait son dû de reconnaissance démocratique.

09 heures 45, se fut un premier pas pour le président d’un jour, mais un grand pas pour la souveraineté populaire : Un homme vint. Un électeur certainement.

C’était un petit homme rabougri au grand âge que le tac à tac régulier de la canne annonça de loin.

Lentement il apparut. C’était un libérateur, un messie à la solde du peuple.

« C’est ici qu’on peut voter ?» S’exclama, à l’entrée de la salle, le citoyen consciencieux, mais quelque peu branlant appuyé d’une main sur sa canne et de l’autre sur un panneau blanc imposant, bien pratique en la circonstance, sur lequel était marqué en lettres grasses bien visibles d’un noir intense : « Bureau de vote ».

Notre premier assesseur ne se démonta pas et en serviteur de la démocratie appliqué répondit par l’affirmative tout en invitant cordialement le quidam à entrer.

Ce fut un instant de grâce comme il en existe peu de par le monde. Le premier assesseur usa de toute sa patience pour accompagner dans sa démarche élective le pauvre bougre que le poids des ans faisait hésiter. Ce dernier s’appuyait sur cette aide inconnue pour remplir son devoir électif comme sa canne pour tenir debout. L’autre n’était pas en reste et jubilait d’être enfin là à servir à quelque chose.

Finalement, un « a voté » suivit d’une signature tremblante mit fin à l’épisode. Le tac-à-tac de la canne reprit qui s’enveloppa dans le jour. « Enfin » pensa fortement le premier adjoint dans un soupir non dissimulé accompagné d’un regard à l’attention de sa coreligionnaire qui ne put s’interdire d’un sourire complice.

Le président du bureau de vote n’eut pas le temps de reprendre l’insolent qu’une famille nombreuse se présenta à son tour. Papa, maman et leurs trois enfants venus, pour les adultes, faire leur devoir, pour les mineurs, apprendre de leurs aînés. Et notre héros qui s’enorgueillit de répondre aux questions de l’aîné de 10 ans sur le sens et le motif de ce que venait faire ses parents dans un lieu aussi incongru, pendant que ces mêmes parents s’isolaient dans leur choix accompagné, pour chacun d’eux, d’un de leur chérubin restant. Ce sont eux également qui mirent leur petite enveloppe dans l’urne sous le regard sévèrement amusé du premier assesseur, trop heureux de montrer ainsi à la verte jeunesse le sens civique.

Et les acteurs de cette journée d’élection se mirent à se présenter en procession éparses, parfois en solitaire, parfois en couple, parfois en groupe. Le président du bureau découvrit ainsi les membres de son village sous un autre jour.

Témoin il fut, du notable, chef d’entreprise, qui posta son vote avec cette appréhension du résultat électif qui pouvait défavoriser ses affaires.

Témoin il vit, des électeurs bigarrés aux origines lointaines qui présentaient le monde de l’Asie à l’Afrique, des Amériques à l’Orients et qui pourtant se retrouvaient là, par le jeu d’une naturalisation, à exprimer leur opinion dans un ensemble commun en toute égalité.

Témoin il constata, la présence d’une jeune femme venue avec sa grand-mère pour accomplir leur devoir commun. Il entendit en la circonstance la vieille femme rappeler à sa descendance que contrairement à sa petite-fille, elle n’était pas née avec ce droit.

Il encouragea la démarche de ce jeune homme de tout juste 18 ans, venu faire son devoir pour la première fois et qui, devant le dépôt de son enveloppe, se sentit enfin écouté de pouvoir exprimer son opinion.

Il fut ému de voir un habitant amener son voisin handicapé pour accomplir son devoir, ou ces amis qui se retrouvent par hasard dans ce même lieu de vote pour finir la journée ensemble dans un élan d’amitié et de fraternité.

Le président fut aussi à l’honneur, lorsque ces proches passèrent à leur tour et purent constater son engagement à la cause républicaine.

Le clic-clac de l’urne avait retentit tout le jour à la grande satisfaction du premier assesseur. Mais à 18 heures lorsqu’il demanda le décompte des votants, il déchanta à l’annonce du verdict : moins de 40% des électeurs inscrit s’étaient déplacés. Le fantôme de l’absentéisme avait envahi le bureau.

C’était toujours ainsi avait conclu le premier adjoint. Depuis des années d’élection, il avait rarement vu plus d’un électeur sur deux qui se déplaçait au bureau de vote. Et c’était en comptabilisant les procurations.

Ce fut la douche froide. Notre héros ne pu contenir sa réserve et il se mit à combler ce nouveau vide dans son bureau de vote par une diatribe enflammée sur l’inconséquence de ses concitoyens de traiter leur pourvoir électif au rang de corvée au point de laisser leur voix au banc des orphelins de la démocratie.

Le discours plut à ses assesseurs et s’il n’y changea rien à la situation élective, il réconcilia les trois acteurs de cette démocratie autours de cet intérêt commun.

18 heures 30, le soleil marquait une courbe descente à l’heure où la fin approchait avant le dépouillement fatidique lorsqu’apparut une dame entre deux âges, à l’élégance marquée qui s’accompagnait d’une aura laissant sans voix nos assesseurs.

La dame vint à l’urne après l’isoloir et tendis son rectangle de plastique au préposé à la signature qui annonça l’identité de la belle inconnue dont la naissance indiquait ce pays de SYRIE aux libertés sans lendemain. Devant l’urne, le dernier bulletin se posa devant l’ouverture avec gravité. Puis dans un clic-clac respectueux, la boite en plastique avala la petite enveloppe qui se déposa au-dessus des autres dans un dernier « à voter » qui fit frissonner le président du bureau de vote. Une signature élégante compléta ce devoir solennelle. Et, dans un croisement de regard, le premier assesseur perçu toute la gratitude de la belle d’avoir pu exercer son droit de vote tandis qu’il lui renvoya toute la reconnaissance de lui rappeler d’être toujours dans un pays de liberté.

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Published by Jehanne des Rivières - dans Histoire d'en rire
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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 18:21

Un petit village de Provence.

Un soleil de Provence venait écraser une petite bourgade perchée sur une faible colline entre la vigne, la lavande et la garrigue.
Il n'avait l'air de rien ce village. À l'écart de tout, quelques dizaines de maisons en pierre de pays s'accrochaient au mieux à cette terre de grillons chanteurs, d'oliveraies perdues et de parfum de cocagne où se disputait une centaine d'âmes égarées.
Parfois, on pouvait y rencontrer aux alentours un mas ou deux retranchés en hameau qu'un découpage administratif voulait à tout prix rattacher à la commune. Cette municipalité faisait face à la menace, bien réelle, d'une dépendance à la ville pas loin qu'il lui fallait exorciser.
Déjà des travaux avaient contribué à restaurer la départementale qui serpentaient dans ce pays presque vierge, jusqu'à le balafrer de part en part, pour aller se perdre plus loin dans la région voisine.
La localité avait d'ailleurs payé son tribut à la modernité en acceptant par la force des choses cette route misérable qui le coupait en deux. Malgré cela, le village gaulois tenait encore bon devant ces assauts citadins.
Tout en rondeur, il se centralisait autour d'un lieu unique entre tous ; un lieu où chacun aima à se montrer ; un lieu de rencontre parce qu'il n'y avait rien d'autre à y faire qu'à se rencontrer. C'était la place du village. C'était de ces petites places coquines tout en rectangle formé.
Au siège se tenait l'église avec son clocher au toit délabré, et à la messe dominicale obligatoire, vestige d'un catholicisme autrefois fervent, mais qui tenait plus dû "parce qu'il faut bien y aller".
En vis à vis, une façade trônait fièrement la gravure de son titre : MAIRIE. En narguant ainsi son frère ennemi pourtant inséparable, le bâtiment aux allures de maisonnette cachait en son sein une salle des fêtes qui se louait au plus offrant et une salle de classe désormais vide, fauchée en pleine agonie par un fâcheux décret académique au nom de la restructuration scolaire et de l'économie budgétaire.
Sur les autres côtés, s'observaient les façades d'habitations séculaires qui, si elles avaient pu, auraient raconté maintes histoires truculentes sur le village et sa région.
Et au milieu de la place, bordée de micocouliers ombrageant des bancs publics, courait une pétanque.
"Tchac !", la boule venait de se figer au plus près du cochonnet après avoir éliminé son adversaire qui roulait au loin sans autre forme de procès.
« Oh peuchère le Marseillais, tu m’esquintes ! » Le perdant avait parlé, admettant ainsi une défaite sans appel, sans cœur et sans reproche.
Le Marseillais, donc, car tel était son nom en ce lieu, venait de ce petit port de pêche à quelque cinquante kilomètres de là qui fleurait bon le mistral, l'O.M et le pastis.
« Té ! Que veux-tu ! On est comme ça chez nous, les boules c'est une seconde nature. »
Venu passer quelques jours de vacances dans ce lointain pays de sa Marseille natale, le Marseillais savait taquiner ses sphères d'acier comme d'autre le goujon.
C'est qu'il était fort le Marseillais "avé les boules". À tel point qu'il en était devenu le champion local. D'un bout à l'autre de la commune, c'était lui ! Et il en était fier, le bougre.
Et voilà nos deux partenaires de jeu, s'adonner à la deuxième activité du village après la pétanque : la citronnade et le 51 à la terrasse du café qui comblait le rez de chaussés d'une de ces façades bordant la place.
Cette histoire aurait dû en rester là au milieu d'un chant de grillons pénétrant qui envahissaient l'espace comme d'autre la terrasse à la chaleur de l'été.
Mais hélas pour notre bon provincial, le coquin de sort en décida autrement.

 

Une arrivée touristique.

« Té! Le Marseillais vise moi un peu cet équipage ! »
À l'entrée du village venait d'apparaître un curieux phénomène, à l'identification douteuse, mais au cheminement risible.
Jugez plutôt : un cadre à la peinture écaillée, mais à l'origine archéologique certaine était porté par quatre roues que mettaient en mouvement deux paires de pédales reliées à une chaîne. Un volant trouvait sa place au milieu des tubulures pour mieux assurer la direction de l'engin. Deux passagers assis sur des coques en plastique en guise de fauteuil assuraient par un effort de cycliste un mouvement à l'ensemble.
Le plus remarquable était les deux voyageurs.
L'homme, d'abord, s'escrimait en sandales de jésuite, short de baroudeur kaki et polo crocodile "made in china" à la couleur délavée rayonnante qui se noyait sous la sueur. Mais le plus mémorable était cette casquette de base-ball ou s'écrivait avec passion :"I ♥ NEW YORK". S'il semblait garder la ligne malgré l'apparition d'un ventre brioché, ce n'était pas le cas de la femme assise à côté de lui.
La femme, donc, avait tout de la baleine échouée sur un rivage inconnu peinant sous l'effort d'un pédalage manifestement hors de sa portée. Au visage marqué par l'écarlate, j'ajoutais une robe indéfinissable qui n'en pouvait plus de boudiner ce corps à la mode américaine. Des yeux de mouche en guise de paire de lunettes de soleil complétaient le panorama. Le Marseillais se trouva bien inspiré à la vue de cette équipée, et ne put s'empêcher de s'ouvrir à quelques réflexions de son crue :
« Y pas à dire, voilà bien une boule que je tirerais bien...sur un cochonnet bien sûr. » L'hilarité qui suivit ce propos graveleux trancha la place comme une guillotine.
Le véhicule, à la propulsion d'huile de coude et de muscles inaptes à l'effort, parvint malgré tout à ce garer sous le regard des curieux.
L'homme en descendit avec la souplesse d'un félin arthritique. La femme parvint à s'extraire de l'engin, non sans mal il faut le dire, dans un mouvement de roulis répété plus proche de l'éléphant de mer que du bipède.
Puis ils s'installèrent à la terrasse du café tandis que l'infortunée chaise qui accueillit la femme souffrait sous le poids.
La commande d'un coca-cola "diet" pour la femme et d'une bière en cannette pour l'autre vint achever le tableau.
La tension de l’événement retomba tandis que le chant des grillons recouvrait la place que balayait un vent à la fraîcheur salutaire.
Sur la pétanque deux joueurs solitaires reprirent leur partie sans passion, animée par le besoin de passer le temps tandis que le bruit des boules qui se choquent, s'entrechoquent et se bousculent vint attirer l'attention de nos deux touristes. Un bruyant conciliabule se fit entendre dans cette langue d'outre-Atlantique à laquelle ni le Marseillais, ni son équipier ne pipaient mots.
Et puis soudain la Perfide Albion intervint sous les traits de l'ancien instituteur du village qui venait là, tous les ans y passer ses vacances. Car lui, l'homme de lettres, savait parler "l'anglais" ce qui lui était pardonné, car après tout il se devait de savoir le monde. Ainsi il conversa avec les deux étrangers. Ce fut au tour de l'équipier du Marseillais de s'ouvrir à une profonde réflexion :
« Et dit, l'instituteur qu'est-ce qu'il nous veulent les deux angliches ? »
« Ah vous rien il me semble, ils ne viennent que passer quelques jours de vacances dans notre beau pays. Et d'ailleurs ce ne sont pas des Anglais, mais des Américains qui viennent de NEW-YORK. »
« What did he say? » Interrogea alors l'Américaine avec une pointe méfiance, prête à mordre, car les regards pesant sur sa personne ne lui avaient pas échappé. Mais son traducteur improvisé, qui se fit diplomate en la circonstance, dissipa rapidement son courroux naissant.
C'est alors que l'homme à la casquette de base-ball posa une question qui fit sourire le professeur lequel se tourna alors, hilare, vers le Marseillais et son équipier.
« Dites vous deux, ça vous dirait de faire une partie de pétanque avec nos deux invités ? »
La première réaction à cette proposition fut pour le moins prévisible. Le natif du village refusa tout net, argumentant qu'il ne frayait pas avec l'envahisseur et d’ailleurs qu'ils n'étaient pas ses invités et ainsi de suite.
Mais le Marseillais, lui, avait pris le temps de la réflexion. Il vint à la rescousse de l'enseignant et de ses infortunés américains.
« Et pourquoi pas ? Ce serait amusant » trouva-t-il à répondre tandis que son équipier le regardait avec des yeux de merlans frits où s'exprimait un sentiment de trahison.
Mais en deux temps et un conciliabule plus tard, il convertit le villageois à cette idée. Rien de tel pour finir la journée qu'une partie pour bouter hors du village ses occupants mal désirés.
Et l'on organisa la rencontre.

 

Où l'on prépare une partie de pétanque.

Rapidement il fut décidé que le maître d'école serait l'arbitre. Sachant converser fort à propos avec les deux équipes, il en était le juge tout choisi.
On équipa en boules les touristes venus. Il ne s'agissait pas de manquer d'élégance en leur refusant le droit de jouer faute d'équipement et de rendre en conséquence cet événement mort-né.
Cela amusa fort le public qui s'amassait autour de la place en apparaissant ça et là comme alerté par un mauvais génie.
C'est que l'agglomération n'était point grande. Ainsi dès que l’événement fut décidée, la nouvelle se répandit à la vitesse du mistral dans ces meilleurs jours : le Marseillais allait affronter l'envahisseur américain.
Affronter n'était pas le mot qui venait à l'esprit de cette foule éparse à l'échelle du village ; car enfin il s'agissait bien d'une leçon à donner à ces impudents venus fouler le sol "avé leur sandale" et qui décoloraient le paysage "avé leur mise américaine".
L'esprit de ce public attendait plutôt une correction pour ceux qui prétendaient s'inviter là où l'on ne les attendait pas. On leur montrerait ainsi ce qu'étaient des touristes dans un jeu de boules : des chiens dans un jeu de quilles. Car la pétanque chez eux, on s'y connaissait.
Les belligérants armés de quatre billes d'acier chacun, voilà qu'on rappela les règles en usage et plus particulièrement à l'usage des néophytes afin qu'ils semblassent un peu connaître le jeu.
Et l'on choisit le terrain. On s'arrêta sur un rectangle bordé d'un encadrement. Cela semblait plus simple à des débutants.
Puis il advint de décider le nombre de points à obtenir pour gagner la partie. Les plus téméraires en demandèrent onze, mais on rappela que la journée était bien avancée.
On proposa alors quatre, mais on craignit que cela fusse trop court. Après tout, il fallait bien faire durer le plaisir. On finit par s'accorder à six, mais on paria que l'équipe du village en mettrait huit. Il ne fallait pas oublier que l'équipier du Marseillais n'était pas mal non plus ; il pouvait réussir à mettre ses quatre points.
Enfin, se décida l'équipe qui commencerait. Le juge tira à pile ou face. Le sort décida que les "ricains" ouvriraient les hostilités ce qui était de bonne guerre. Tout le monde en convint.
Et la partie commença.

 

Ou l'Américain se met à jouer.

L'homme lança le cochonnet un peu au hasard dans la direction qu'on lui indiquait ce qui fit grincer quelques dents: la pétanque était une science que le lancer du cochonnet n'était pas à négliger.
La petite bille se retrouva un peu loin, mais dans les limites admises par l'entourage. Il faudrait s'en contenter.
Puis il lança sa première boule comme un lanceur sur sa base. Le bras fit deux tours avant de lâcher son projectile qui fila en l'air avant de retomber lourdement sur le sol, au-delà de sa cible, et de continuer avec vélocité à raz la terre. Elle heurta le cadre qui la fit rebondir à angle droit dans la direction opposée où, à nouveau, les limites du terrain ramena l'infortunée dans le droit chemin que le sable finit par arrêter à plus deux mètres de sa cible.
La foule ne manqua pas de réagir à cette étrange façon de tirer. C'est qu'il pourrait être dangereux l'idiot !
Le juge intervint aussitôt et lui rappela qu'il ne s'agissait pas de base-ball, mais de pétanque. Le Marseillais gloussa avant de glisser à l'assemblée rassemblée autour de lui :
« Bonne Mère, il doit confondre le tir au pigeon avé le cochonnet. » Il fut suivi par des rires contenus.
Son équipier se mit en place. Le geste souple et l’appui assuré, sa boule vint se placer en douceur à 80 centimètres de la bille en bois poli. Le coup était appréciable et fut remarqué par le public.
Son adversaire à la casquette se remit en place. Cette fois il se pencha franchement en avant, l'arrière-train bien visible, et lança à son tour d'un geste rapide comme un voleur.
Les yeux écarquillés des spectateurs laissèrent sans voix.
Le coup fut bizarre, sans être véritablement inutile. Cette fois le lourd corps sphérique roula sur le sable en s'écartant franchement du cochonnet. Il tamponna la bordure, mais sans rebondir, qu'il longea sur vingt bons centimètres avant de s'immobiliser à moins de deux mètres de sa cible présumée.
« Il y a du progrès ! Il n'a pas manqué de sortir la boule du terrain cette fois-ci ! » Ironisa un des observateurs.
Troisième essai : les pieds joints, il retint son mouvement. La sphère d'acier s'arrêta trop courte après un mètre cinquante.
C'était trop facile ! À ce rythme l'équipe du village parviendrait à placer les huit boules, chuchotèrent certains, tandis que d'autres approuvaient le commentèrent.
Il tenta sa quatrième et dernière boule. Le silence se fit. Dans l'indifférence, seule la respiration douce d'une brise de fin de journée venait se perdre au milieu de la place.
Cette fois, le lancer fut franc et décidé. Le Marseillais remarqua immédiatement la précision du geste et suivit la sphère avec attention.
La boule suivit une trajectoire rectiligne avant de s'incurver à mi-chemin en touchant le sol sur un angle de quarante-cinq degrés lui permettant de poursuivre sa course en roulant sur le sable. Et, tandis que sa vélocité lui assura de continuer sur sa lancée, elle s'approcha de la boule de son adversaire jusqu'à la toucher en s'immobilisant devant elle. Le coup était remarquable de placement.
Les spectateurs se prirent d'un regain d’intérêt. L'équipe des touristes avait volé l'avantage.
« Oh dit ! Le Marseillais ! Qu'est-ce que je fais là ? Je la tire ou je la pointe ? »
« Tu places deux boules et la troisième tu la tires. »
Cet échange de comploteurs à voix basse fit monter d'un cran la tension. Mais le Marseillais restait confiant, il leur restait sept boules à tirer et il n'avait pas joué. La chance du débutant était passée.
L'équipier tira sa deuxième boule. Elle fit un beau lobe dans l'axe du cochonnet, puis retomba au sol en limitant sa course à quelques centimètres. Elle semblait plus proche de celle de son adversaire, mais il fallait une certitude.
Le juge fut appelé qui métra avec précision.
« 80 centimètres, contre 79 centimètres pour l'équipe invitée. » La décision était sans appel. L'Américain menait toujours. La foule en fut déçue, mais le Marseillais ricanait. La boule était placée, c'était le plus important.
Troisième tir. Similaire au premier, la sphère d'acier vint se poser contre sa petite sœur, toujours à un centimètre du "ricain".
L'équipier pesta, mais son partenaire le rassura. C'était ce qu'il fallait. Le Marseillais attendait son heure. Les boules étaient bien posées.
Quatrième et dernier tir, conformément aux consignes, l'équipier visa pour tirer la boule de son adversaire. Deux centimètres trop tôt, son projectile rebondit et passa au-dessus de sa cible. Il se perdit à plus d'un mètre du cochonnet avant de s'immobiliser.
Le public marqua sa déception et l'équipier du Marseillais vint maudire cette boule qui lui faisait faux bond.
Mais le héros de cette histoire n'était pas en reste. Il s'apprêta à intervenir.
Sous l'acclamation des spectateurs, il entra en scène une main négligemment posée sur sa poitrine comme le tribun s'accrochait à sa toge. Il allait sauver la situation, c'était sûr.
Le voilà qui d'un geste réclama le silence et prit position.
Le mouvement souple et parfait, son projectile se porta contre la boule de son adversaire qui lui faisait de l'ombre et lui prit sa place. Le bruit sec du métal qui se choque, traduit l'éjection de la sphère concurrente qui rejoignit ses camarades au-delà des deux mètres du cochonnet après un rebond sur l'encadrement.
Les hourras de la populace rassemblée résonnèrent dans tout le village. En athlète soucieux d'humilité, le Marseillais salua ses vivats avec enthousiasme.

 

Et l'Américaine joue à son tour.

Ce fut au tour de la "ricaine" de s’avancer devant la ligne de tir.
Elle semblait avoir du mal avec sa boule ne sachant comment la prendre ce qui fit ricaner certains. Tout le monde attendit et attendit encore. L'impatience vint à monter quand finalement, elle se décida : ce fut un lancer à la cuillère.
L'objet décrivit une parabole digne des plus grands saints, mais sans leur bénédiction. La boule vint se planter sur celle de son équipier qui était pourtant la plus proche du cochonnet l'expulsant plus loin encore.
Sous le choc, il arriva alors ce que la physique des boules saurait expliquer par maints sorciers mathématiques, mais qui, pour le profane, se résumait à un « oh!!! » de stupéfaction.
La boule amie, donc, s'arrêta contre la bordure à plus d'un mètre cinquante de la bille en bois tandis que le projectile responsable, mû par une célérité nouvelle acquise sous le choc, s'éjecta hors du cadre en partant sur sa droite.
Elle finit sa course orpheline, loin du terrain.
« Is that good ? » interrogea alors la responsable de ce lancer franc.
Le juge intervint à nouveau, réexpliquant l'objectif de ce jeu. Magnanime on ne releva pas la pénalité encourue pour être sortie du terrain, car, pour tous, la partie était déjà perdue. Pensez donc ! Cinq boules, en faveur de l'équipe du village, se trouvaient dans un cercle de 80 à 100 centimètres entourant le cochonnet tandis que leurs adversaires avaient quatre boules placées au-delà des 150 centimètres et une cinquième disqualifiée.
Il restait à chaque équipe encore trois boules à jouer, mais vu la qualité de la joueuse de l'équipe des touristes, il ne faisait aucun doute dans l'esprit de chacun que tout était déjà joué pour eux.
Déjà on se congratulait, l'envahisseur repartirait la queue entre les jambes et le village garderait sa primauté sur la pétanque.
Puis le deuxième lancer fut fait.
Cette fois la boule fut lancée correctement. Sa trajectoire était bien rectiligne, certes, en direction de ce satané cochonnet. Mais... trop loin pour servir la cause de nos infortunés étrangers. Riant, s'il le pouvait, de toutes ses veines en bois de chêne dont il était fait, il la vit passer au-dessus de lui en satellite fou qui aurait raté sa mise en orbite. Sa trajectoire la planta au bord du cadre avant de revenir en douceur à deux mètres de son objectif.
L'énormité du lancer fit applaudir la foule à grand cœur qui s’esclaffa de plus belle devant ce jeu de boules à la tournure de farce.
L’Américaine sentit assurément la moquerie derrière son dos. Elle aurait bien aimé abandonner devant ses acclamations contraires, mais elle avait sa fierté et se décida à aller jusqu'au bout.
Elle se remit en position. Le Marseillais, en Tartuffe accompli, réclama le silence.
Concentrée, elle lança sa troisième boule. Et ce fut la stupeur. Dans un élan contrôlé, la sphère d'acier vint se placer à deux petits centimètres du cochonnet, face à lui.
Le public ne riait plus. Le vent força, balayant quelques grains de sable en tourbillons pour saluer ce joli coup. Retranché sur un banc, une mémé tricot se mit à glousser devant ce retournement de situation.
La joueuse s'écarta de la ligne de lancer, la tête haute et la bedaine relevée, un regard de défi dans les yeux à l'adresse du Marseillais qui prenait sa place.
Celui-là se mit à réfléchir à la meilleure chose à faire. Il soupesa longuement la boule entre ses mains, puis il arrêta son choix : il en placerait une, puis tirerait l'autre, se gardant la troisième pour finir le jeu.
Tout alla alors très vite. Tel un tireur d'élite, il lança sa deuxième boule qui se plaça à deux centimètres à la droite du cochonnet. Le juge mesura et confirma les distances égales. Il y avait égalité.
Il tira sa troisième boule, droit sur celle de son adversaire, mais elle toucha le sol un centimètre trop tôt et dévia de sa trajectoire. Elle vint se planter à côté de sa sœur jusqu'à la toucher. Le juge mesura : encore à deux centimètres.
La tension monta d'un cran.
Sans plus attendra, il tira sa quatrième et dernière boule... et le miracle se produit. En droite ligne, elle expulsa son adversaire qui partit rejoindre les autres dans la ligne des deux mètres, tandis qu'elle se plaça à la gauche du cochonnet à un centimètre.
Les acclamations du public firent résonner la place jusqu'au clocher.
Le Marseillais et son équipier avaient de quoi se satisfaire : leurs huit boules étaient positionnées autour du cochonnet tandis que les sept autres de l'équipe adverse se perdaient au-delà d'un mètre cinquante.
Il ne leur restait qu'une seule boule, rien de quoi effrayer.
La femme reprit sa place devant la ligne de tir.
Elle prit une profonde aspiration et tira droit sur le cochonnet. Un petit "tchic" se fit entendre et la bille ne bois s'éjecta de son emplacement, rebondit sur le cadre une première fois et se propulsa au centre du cercle formé par les boules de l'équipe des touristes. Tandis que, figée dans un sourire moqueur que formaient ces stries d'aciers, la dernière boule lancée avait remplacé le cochonnet au milieu du cercle formé par celles de ces adversaires.
Ce fut la stupeur et le temps sembla s'arrêter.
L'équipier du Marseillais en perdit son pastis. Les villageois se turent dans un silence de mort. Les feuilles des arbres vibrèrent sous le vent dans un sinistre son de serpent à sonnette.
Le ricanement de la mémé tricot déchira l'atmosphère comme un air de faucheuse. Et le Marseillais, lui, se figea dans une pose d'empereur déchu.
C'est un cri de joie qui réveilla l'assemblée devant ce coup du sort. L’Américaine réalisant son exploit se mit à miner quelques mouvements de "pompomgirl" qu'elle fut autrefois, faisant rythmer sans pudeur ses contours les plus remarquables, accompagnés de cris à la texane.
« L'équipe invitée gagne par six points ». Telles furent les paroles de l'arbitre qui confirma ce que chacun savait déjà, mettant une fin définitive à la partie.
Les villageois se dispersèrent dans la déception. Les couples de touristes s'en allèrent, comme ils étaient venus, après un dernier verre offert par l'instituteur pour leur victoire-surprise.
Et, tandis que le véhicule à quatre roues s'en allait sur la départementale avec l'allégresse des vainqueurs, notre malheureux Marseillais se lamentait sur son sort de vaincu, maudissant cette pétanque qui l'avait trahi pour ces "sauvages d'Amerloque" venus de si loin.

 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 16:27

L’arrivée…

Un contribuable vint un jour se présenter sur la place administrative de sa bonne vieille ville. Point n’est besoin de dire qu’il était fier de cet espace, lui l’imposé, que ces impôts locaux, à la limite de l’excès, avaient contribué à construire.

Car le lieu était neuf et centralisait autour de lui maints bâtiments au service de la collectivité départementale. Tous furent payés avec les dettes de la commune, car le maire, Roi-Soleil dépensier, avait cru bon les offrir à son département. Dans la même année, sa ville se lestait de quelques centaines d’autochtones sans emploi partis vers un ailleurs meilleur sans espoir de retour.

La contribution des habitants à ces travaux d’hercule était sans nul doute passée dans la légende ; mais à cet instant notre contribuable goûtait au plaisir de la place où trônait en son milieu une sculpture de maître.

Deux sphères en marbre noir encadraient un obélisque penché à l’extrémité arrondie buriner dans la même matière. Selon l’artiste, toute la vanité du monde était ainsi représentée. L’explication en était peut-être obscure pour notre homme, mais le côté incompréhensible de l’art et surtout la réalité dispendieuse de l’œuvre valait bien cette énigme.

Toutes ces considérations artistiques n’avaient point d’intérêt pour le contribuable, car aujourd’hui, il allait pouvoir s’assurer que son argent avait été bien dépensé.

Aujourd’hui, il devait changer la carte grise de son nouveau véhicule fraîchement acquis.

Le voilà donc se dirigeant allègrement vers la sous-préfecture de son chef-lieu de canton, administration hautement méritante sans nul doute.

Ce n’était pas la première fois qu’il s’y rendait, sachez-le. En effet, il était déjà venu la veille. Mais à sa grande surprise, il apprit que la bâtisse était fermée tous les mercredis de la sainte semaine. Or il se trouvait être ce jour fatidique. Ainsi donc, il revint le deuxième jour d’un pas alerte et le cœur confiant.

Devant lui, s’offrait un demi-cercle surmonté de trois tours dépareillées, le tout encagé dans un décor fait de barreaux entrelacés. À peine visible, une simple écriture intégrée dans cet ornement indiquait clairement l’objet de cette érection : "SOUS-PREFECTURE". Le bâtiment, à l’allure de prison, avait ouvert ses portes et notre héros y entra résolument.

 

Dans la sous-préfecture…

Tout de suite, il fut accueilli par l’ambiance du lieu. Tout n’était que queues sans fin et salles d’attente dans un hall déshumanisé à l’écho si prenant.

Dans une partie de cet espace, un voyage lointain vous emmenait au-delà de l’horizon vers ces pays au bois d’ébène, aux épices exotiques et aux boubous colorés. Un souk désorganisé semblait s’être installé avec ses langages étranges venus d’ailleurs.

Le contribuable, lui qui n’était jamais sorti de sa commune au-delà de l’autoroute, lui qui ne connaissait sa belle Normandie qu’issue de son poste de radio, fut soudain pris de panique. Où était-il ? Qu’avait-il fait pour se retrouver dans cet ailleurs ? Mais un écriteau perdu au-dessus de la foule pris soin de le rassurer : "Passeport, carte d’identité, permis de séjour". Ce n’était que ces sortes d’antichambre du monde que l’on pouvait trouver parfois, reflet d’un succès sans cesse renouvelé de son pays. La France est une ancienne puissance coloniale que ces vieilles colonies n’ont jamais oubliée.

À l’opposé de cette section, une salle d’attente plus calme le rassura pleinement  : “Permis de conduire, carte grise.” C’était donc là qu’il devait aller.

Mais avant, une formalité semblait obligatoire : le contrôle des papiers.

En effet, au milieu de ces deux opposés coulait une file d’attente. Elle serpentait jusqu’à un comptoir où deux cerbères préposés au "dispatching" orientaient, ici et là, les pauvres victimes de cette organisation implacable, non sans avoir, au préalable, vérifié la validité et la complète composition de la paperasse en lien avec les démarches demandées.

C’est un fait que tout bon administré apprend dès son plus jeune âge. L’administration contribue grandement à l’abattage des arbres, à l’effet de serre et à l’augmentation des actions et obligations de l’industrie papetière.(sic)

Notre homme, donc, en citoyen discipliné, se mit grandement dans la file qui l’attendait tel un ogre avalant ses martyrs pour une longue digestion. Et il avait du succès le bougre, car à peine le personnage de cette histoire se mit en position que déjà d’autres le suivaient. Il était dans la boucle, le pauvre, ne pouvant ni avancer, ni reculer et encore moins s’écarter d’un chouïa sous peine de voir cette place si chèrement acquise lui être volée par ceux-là qui marquaient leur empressement à en finir. L’épreuve était là : la patience. Au cours des douze travaux du contribuable, il se devait de faire preuve d’un stoïcisme exemplaire, d’un calme constant, d’une endurance servile.

Il fallait se résigner.

Certains n’eurent pas la force avec eux et s’en allèrent avec dépit. Quittant la terre promise pour un exil injuste, ils abandonnaient tout espoir dans leurs démarches pourtant nécessaires. Mais ce n’était point notre contribuable qui tint bon ; non sans angoisse, il faut le dire.

Il l’avait bien noté. L’accueil des deux sentinelles n’était pas des plus… chaleureux. Le sourire était un concept absent de leur visage. Les traits tirés, les oreilles toutes bourdonnantes de l’exotisme d’à côté, les deux préposés marquaient sans nul doute les stigmates d’un danger pour le citoyen venu avec ces requêtes : la fatigue du fonctionnaire. Le contribuable regarda sa montre : 10 heures 30, la matinée touchait à sa fin, ce n’était pas la bonne heure, il aurait dû venir à l’ouverture, se dit-il. L’avenir appartient à ceux qui ce lève-tôt et à la fraîcheur de l’agent préfectoral dont le service commençait à 10 heures.

11 heures, le contribuable arriva enfin à la bonne extrémité de cette file indienne. Bientôt, il allait exposer son cas. Bientôt, il allait franchir cette première étape.

Il était à cran. Maintes fois, il avait vérifié son dossier en voyant ceux devant lui se faire réprimander, car leur demande était incomplète. Maintes fois, il avait senti son cœur se serrer en voyant un de ses pauvres compagnons d’infortune obligés de remplir un papier oublié, que lui tendait d’une main rageuse le sphinx de cette honorable institution, augmentant d’autant le délai de ses aspirations. Maintes fois, il avait vu un de ses coreligionnaires pester, râler, beugler contre ses gardiens légitimes qui savaient renvoyer l’importun vers la sortie, sans espoir de succès.

11 heures 15, le voilà enfin devant la ligne jaune qui précède l’entrée au paradis : le comptoir d’accueil. Deux options s’offraient devant lui. Une petite jeunette toute blonde vénitienne qui attirait les regards et savait faire fondre les cœurs les plus endurcis. Une moins jeune certes, tout aussi bien conservée, mais à l’esprit tranchant et la répartie cinglante.

Son choix était donc fait, mais il ne lui appartenait pas. Tout dépendait de la rapidité des deux sieurs devant lui à régler leur différend avec cette administration.

Son impatience grandit, cent fois il avait fait tourner sa langue en répétant la phrase exposant ses doléances. Une phrase courte, en termes simples et explicites, tels étaient les maîtres mots pour une bonne approche.

Car combien de contribuables par la cause d’une phrase mal formulée sur l’objet de leur démarche s’étaient vus échouer contre les falaises de l’incompréhension du fonctionnaire. C’était un fait établi dans les annales.

Soudain, un mouvement furtif se fit, comme une brise qui balaye les brumes matinales dévoilant le chemin devant soit, et une place se libéra. C’était la moins jeune qui se préparait à le recevoir.

Mais le drame suivit… elle fut remplacée par un dragon.

 

Face au dragon

N’allez pas croire qu’il s’agisse de ses reptiliens volatiles propices à l’imagination et aux histoires fabuleuses. Mais plutôt, de ses agents dont un seul regard suffit à vous donner le ton, à vous glacer le sang, à vous rendre coupable d’avoir commis une faute ; la faute du papier absent ; la faute d’une procédure mal comprise ; la faute d’être là tout simplement.

Une petite dame râblée, à la mine sévère et aux cheveux gris sans compassion avait pris place derrière le comptoir dont l’espace était libre devant lui. Le contribuable jeta un regard furtif plein d’espérance vers la blonde vénitienne. Hélas ! Le tour était pris et ne semblait pas se désemplir. L’espoir disparu lorsque la virago, l’œil rageur, lui fit signe d’approcher. Il était accroché. La fuite, à ce stade de ses démarches, n’était plus possible. Il s’avança soucieux, tout allait se jouer maintenant.

Il appliqua la règle d’or : urbanité et sourire en toute circonstance, car rien ne s’obtenait par la plainte, le maugréant, le reproche ou la réclamation. L’administré est au service de l’administration, car il a besoin de l’autre. C’est bien connu.

Il s’avança donc et parla enfin, résolu à en finir. Il salua d’un bonjour plutôt enjoué, puis, s’en attendre de réponse, enchaîna tout de suite par le motif de sa venue qu’il bafouilla maladroitement par trop de précipitation. Hélas ! Le crime de l’incompréhension tant redouté lui pendait au nez. Mais les dieux de l’Olympe étaient avec lui, car la préposée n’eut point à comprendre le baratin explicatif de l’individu. En regardant les papiers qu’il lui présentait, elle sut.

Le silence suivit tandis que l’étude approfondie des documents présentés débuta. En experte de l’art administratif, la bête fabuleuse disséquait, examinait, recherchait la faille.

Pendant ce temps, le contribuable, lui, n’en menait pas large. Tout en lui tremblait devant cette fouille approfondie. Il attendait le jugement de cet examen comme le couperet de la guillotine.

Une simple phrase mit un terme à son angoisse : “Et la dame, elle est où ?”.

Stupeur et tremblements, le contribuable resta interdit. "Qu’est-ce qu’elle dit ?" Pensa-t-il plein d’incompréhension.

La dame ?” Répliqua-t-il dans un flagrant délit d’ignorance.

Et voilà la maîtresse de la discipline expliquer en terme simple à l’usage des maternelles au langage bureaucratique que ladite carte grise est au nom de deux individus : un monsieur et une madame ; si leur patronyme, assurément identique, semblait les confondre, un qualificatif familièrement nommé prénom les distinguait. Or de ce constat, il apparaissait pour le moins nécessaire de signer et contresigner par les deux individus ainsi nommés ledit document déjà cité. Pourtant, il semblait de façon évidente qu’une seule apposition de cette marque d’approbation venait à s’épandre sur ce papier grisé à l’estampe de la préfecture républicaine et que, de ce fait, il en manquait une. Les documents précédemment visés rendaient compte d’un monsieur dont le nom était porté sur l’identité du véhicule à moteur communément appelé automobile ou voiture pour les intimes. Il semblait ainsi légitime de s’interroger, sur l’absence d’une seconde signature pourtant nécessaire laquelle, sans nul doute, ne devait être que celle de la dame. D’où la question première : « Et la dame, elle est où ? »

Le contribuable pris en défaut se trouva dans les tourments d’une vive épouvante : “Deux signatures, il fallait deux signatures !” Marmonna-t-il dans une lueur de compréhension alarmée.

N’allez pas croire que tout ce discours fut dit avec l’amabilité d’un saint compatissant, mais plutôt dans une veine dramaturge où le juge de sa pourpre parée venait à assener une sentence à un pauvre condamné.

Et voilà notre administré qui tenta une dernière charge à la Pyrrhus argumentant qu’il est écrit "ou" et non point "et" sur ce fameux document et qu’ainsi, l’un ou l’autre pouvait signer, sans obligation pour le second de le faire à son tour. Il précisa même que lors de l’établissement du transfert de propriété le monsieur et la dame en question étaient présents et que donc les deux étaient d’accord pour une telle équipée. Il poussa la supplique jusqu’à se justifier qu’aucun d’eux, ni même lui, n’avait jugé utile de faire signer la dame laquelle était d’ailleurs peut intéressée à la chose. La tirade sembla belle, mais la bête n’était point attendrie.

Elle avait eu sa réponse, la dame était bien là en mesure de signer. Dans un élan hargneux, elle réunit les documents, assemblés par ce plaignant fautif d’une insuffisante application, et les agrafa avec un acharnement méticuleux qui repoussait les limites de la passion.

D’un coup sec, elle remit le résultat de tant d’effort insatisfait à sa malheureuse victime en lui assignant l’implacable vérité sur l’obligation d’une deuxième signature avant tout retour en ces lieux.

Le contribuable se retrouva ainsi tout penaud avec ses papiers meurtris par la féroce attache. Il s’avoua vaincu et se retira dans le malheur.

Ce fut un lamentable imposé qui quitta la bâtisse au décor de casemate si judicieusement choisi, lui qui était arrivé avec tant d’espoir.

Oh ! Combien d’obligés des impôts, combien de taxés sur le compte de l’état se voyaient ainsi fracassés sur l’autel de l’impitoyable exigence administrative. Beaucoup sans doute.

 

Le retour du contribuable

Ne vous imaginez pas qu’il abandonna. C’est qu’il la voulait sa voiture, ce gouffre sans fin, à la pollution asphyxiante, et à l’essence sans plomb au prix sans limites.

Il fit donc comme il fut dit par le dragon. Ce ne fut pas mince affaire, mais il y parvint malgré tout.

À l’aube du troisième jour, il revint à la sous-préfecture.

Son entrée fut comme un coup de massue qui vous assomme et vous étourdit : il n’y avait personne devant le comptoir. Mieux encore, le souk d’à côté avait disparu. Le hall était calme.

Le pays d’accueil s’était fait désert.

Point n’est besoin de dire qu’il ne s’interrogea pas longuement sur cette étrangeté, mettant cela sur le compte de sa bonne étoile qui devait bien briller un peu.

Il s’engouffra donc dans la brèche et tomba nez à nez avec le dragon… encore. Sa bonne étoile n’était pas aussi brillante après tout.

Cette fois son annonce fut claire, concise, précise. Tout ce qu’il fallait pour un bon début. Mais cet effort linguiste s’avéra peu utile, car la bête avait de la mémoire et se souvenait parfaitement de son cas.

D’un trait de verbes bien senti, elle le mit au silence comme le coup de gueule d’un T-REX.

Il attendit donc sagement tandis que l’examen paperassier reprit… comme au premier jour. Il fut bien tenté d’interroger ce gardien vigilant de la procédure préfectorale sur le bien-fondé d’un tel examen, étant assuré qu’il avait déjà eu lieu. Mais il se garda bien de demander. Il fallait poiroter. Il se morfondit. Tout cela ne lui disait rien qui vaille et il avait raison.

Voilà que la sentinelle trouva encore à redire en confondant l’acheteur avec le vendeur et vice et versa. Cette fois, le contribuable para le coup en mettant les points sur les "I" et les noms dans les bonnes cases.

Il convainquit et d’un geste royal la préposée lui remis son sésame pour ce rendre au guichet suivant. Il avait son numéro d’attente.

Ont pu croire que la suite se passa sans histoire, tant s’en faut.

Tout d’abord, il fallait attendre et cela n’est pas rien. Son numéro 50 lui indiquait sans nul doute que le 35, qui attendait son tour, serait parti sa mission accomplie alors qu’il attendrait encore. Ce qui se passa.

Il n’y eut rien à dire sur ce moment de pause si ce n’est qu’il valait mieux ne pas être pressé, car le temps est un luxe dont l’administration regorge pour sa clientèle.

Il y eut bien quelques abandons, mais peu significatif au regard du prix à payer : du temps. Si le temps était de l’argent, l’État s’appellerait crésus.

C’était du temps pour penser, du temps pour se ressourcer, mais surtout du temps à perdre.

Enfin, car il faut bien une fin, son tour arriva presque.

S’il une est chose étrange dans ces organisations des affaires publiques c’est la constante du vide. Dans ces lieux attribués au service du peuple, il n’est pas rare de constater que le nombre de postes d’accueil est le plus souvent excédentaire au nombre de préposé en état de les occuper.

La sous-préfecture de notre contribuable ne faisait pas exception. S’il y avait bien deux guichets d’ouverts, la place en comptait cinq touts équipés.

Ainsi donc sous l’effet d’une impatience grandissante à mesure que les compteurs égrainaient les nombres convoqués au-dessus des comptoirs, le contribuable, les yeux rivés sur ces appareils à la lenteur d’escargot, se leva brusquement à l’annonce du numéro 49.

Il était prêt, debout, à fondre sur le fonctionnaire qui proclamerait son prochain numéro. Il fallait qu’il en finisse.

Lorsque l’un des compteurs se mit en mouvement dans un bruissement d’électrons à l’échappée belle, il fut horrifié ! Le nouvel appelé était le 55 !

N’écoutant que sa panique de ce voir ainsi oublié, il se précipita devant l’homme responsable du mécompte exigeant fermement que le tour soit respecté prêt à en découdre devant ce passe-droit.

Il fut renvoyé par un préposé à l’allure bonhomme avec tact, certes, mais avec une fermeté sans appel qui lui assura toutefois l’arrivée de son tour.

Un instant de lucidité vint frapper le malheureux à l’esprit surchauffé qui n’insista pas, mais resta sur ces gardes. Cherchant à comprendre ce brusque saut de nombre, il regarda plus attentivement son ticket qu’il serrait avec tant d’ardeur depuis le début. La compréhension lui vint et avec elle un soulagement suivit d’une espérance nouvelle dans un énervement certain : la fonction du guichet était double. Sautant tour à tour des cartes grises au permis de conduire dont les files d’attente se confondaient, mais ne se ressemblaient pas, il s’était vu supplanté par l’arrivée impromptue d’un de ses demandeurs au petit papier rouge dont la préséance sur le papier gris à ce guichet lui avait valu ce tour de passe-passe "numérologique". Il fallait lire la lettre portée sur le ticket d’attente qui précédait le nombre : Un "S" pour la carte grise et un "A" pour le permis de conduire, en toute logique.

Bien sûr, ce genre de distinction à la lettre près n’était pas visible sur le compteur, seul le nombre apparaissait. Il aurait fallu au contribuable, déjà à cran, une certaine puissance de déduction en remarquant un écriteau accroché à la volée dans un semblant d’indication que ce guichet-là s’occupait aussi de ces triptyques roses.

Mais n’est pas Sherlock Holmes qui veut ; et, en la circonstance, le héros de cette histoire avait déjà dépassé le stade de la réflexion. Sur ce coup du sort, il s’était vu abandonner brutalement devant la porte de son salut.

Cependant, la grâce lui vint en aide et un petit “50” apparu sur l’un de ces petits appareilles lumineux aux petits points rouges si hypnotiques.

Il s’avança hagard avec un air abattu en ce demandant bien ce qui allait lui tomber dessus.

Et l’examen approfondi des papiers reprit. À nouveau notre contribuable, au moral déjà bien entamé, s’inquiéta de ce que ce gardien vigilant allait bien trouver à redire. Quelques questions lui furent posées qui pourtant avaient leur réponse dans ces formulaires maintes fois visés. Puis vint la dernière qui acheva notre brave : “Et pourquoi avoir fait signer deux fois la carte grise et le formulaire de changement de propriétaire ?”

Il n’en crut pas ses oreilles. Sa réponse fut simple et lapidaire : parce qu’on lui avait demandé.

À ce stade de ces démarches, il abandonna toute compréhension de la logique administrative et se tenait prêt à mordre au moindre reproche.

Le préposé le pris de cours en se contentant d’un : "C’était pas utile" avant de faire fonctionner son clavier d’ordinateur signe d’une avancée évidente dans ces démarches.

Quelques minutes lui suffirent et il tendit une feuille, une simple feuille à l’impression défaillante tirée d’une imprimante poussive proche d’une fin évidente tandis que le reste du dossier finis dans une corbeille où s’entassait pèle-mêle le résultat de tant d’effort conjugué à la réalisation d’un seul objectif : le suivi draconien des véhicules immatriculés.

L’ordre qui accompagnait ce petit papier était simple, se rendre au guichet suivant où l’on pouvait lire en caractère gras voyeur : caisse.

La prochaine étape était simple, il fallait payer. Cette fois pas de surprise, une seule file, un seul numéro et tout ce passa sans accroc.

Il est à remarquer ce phénomène bizarre par lequel la notion de paiement rend les administrations particulièrement redoutables dans l’efficacité. Passé l’attente désormais inséparable de ces lieux, notre contribuable dont la notion prenait alors tout son sens se retrouva délesté de quelques centaines d’euros en échange des 4 chevaux-vapeur que comptaient son nouveau véhicule, et d’autres taxes.

Car la nouveauté était là : le paiement effectué, une feuille lui fut rendue par laquelle il devenait officiellement le titulaire d’une auto nouvellement immatriculé. Ce n’était, certes, qu’un certificat provisoire d’immatriculation dans l’attente de recevoir sous quinzaine la carte grise à son domicile, mais les démarches de notre homme s’arrêtaient là.

Et voilà notre propriétaire d’un véhicule à quatre roues contempler sans trop y croire le fruit de tant d’effort qu’il n’espérait plus.

Puis dans un sursaut de conscience, il rangea précieusement le document et sortit de ce hall maudit.

Sa sortie prit des allures de fuite. Courant à perdre haleine il sauta dans sa machine parquée en récupérant au passage l’amende pour un stationnement à la durée dépassée.

Usant ces dernières forces, il convainquit un commerçant dûment habilité et qui n’attendait que cela, de lui changer ces plaques au prix trop élevé. Mais qu’importe ! Notre homme voulait en finir qu’elle qu’en soit le coût.

Quand enfin il put rentrer chez lui, le devoir accompli et sa mission remplie dans les délais légaux, il s’effondra épuisé sur son canapé devenu salutaire.

Plus tard, il reçut sa carte grise concluant sans peine cette aventure administrative.

Mais il reçut aussi un deuxième courrier : celui d’un excès de vitesse de quatre kilomètres à l’heure au-dessus des cinquante autorisés commis ce jour-là en rentrant chez lui.

L’administration a toujours raison.

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Published by Jehanne des Rivières - dans Histoire d'en rire
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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 19:36

Histoire d'en rire...

Une nouvelle rubrique juste comme cela en passant. 

Aujourd'hui :

Un jeune.

Où l'aventure passionnée d'un jeune de retour chez lui...

A clicquer et à lire pour en rire ou pleurer c'est selon...  

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 Puisque vous voilà ici arrivé,

 au terme des méandres de cet opuscule.

 Prenez donc le temps d'y inscrire votre précis,

 et d'y instruire votre serviteur par un examen sans préjugé,

   qu'il soit blâme, remontrance ou censure,

ou bien, par un hasard heureux, un éloge sincère.

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