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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 20:19

Un sanglier s’élançait à corps perdu dans la verte campagne ;

Traversant les bois pour y trouver des glands, truffes et autres mets délicats ;

Recherchant sans relâche tubercules, pommes de terre, radis et autres plantes savoureuses

partout où il pouvait manger des cultures, et parfois plus.

C’est que… la bête est gourmande et ne demande qu’à être contentée.

Son passage ne laissait pas indifférent, loin de là.

Tel le Hun, cet Attila ravageait tout sur sa route.

En tout lieu où il se trouvait, il ne laissait derrière lui que désolation.

Et les populations d’herbivores qui subissaient cet outrage ne cessaient de se plaindre.

Mais la plainte n’est rien sans courage.

Tous craignaient cette furie, n’osant rien pour l’arrêter.

Une assemblée de ces paisibles eut lieu.

Après maintes lamentations exprimées, tous s’accordèrent à dire

qu’une action se devait d’être montée.

Mais aucun ne savait dire laquelle.

Car enfin, chacun avait d’autres choses à s’occuper,

ou plutôt n’avait guère envie de connaître ce sanglier furieux.

En vérité chacun préférait ne pas affronter sa couardise,

sentiment bien méritoire vous en conviendrez.

Au milieu des meuglements, bêlements, hennissements et autres paroles par la terreur motivée,

le concert de cacophonie battit son plein.

Un miaulement plaintif et continu leur fit dresser les poils, où ce qu’il en restait,

et fit taire ces dissonances inutiles.

Un chat à l’épaisse fourrure et la moustache habillée fit son entrée.

Par son silence obtenu, juché sur une haute poutre, il s’exclama à peu près ainsi  :

« Vous voilà donc, messires, dans la discorde face à ce péril commun.

D’autres que vous auraient trouvé avantage à s’unir, car l’union fait la force.

Et si d’aventure vous ne trouviez accord sur ce point,

peut-être vous souviendriez-vous que le roi a pour devoir d’assurer la paix à ses sujets. »

Ces mots eurent l’effet escompté et entente fut trouvée.

C’est alors que s’éleva une seule voix  : « Demandons au roi. »

Ainsi donc, une délégation fut envoyée.

Le silence se fit et le chat put s’en retourner à sa méditation.

Se trouvèrent devant cet illustre, après l’octroi au cochon bien payé,

une vache tachetée à la mamelle gonflée, un bouc laineux aux cornes enroulées,

une biquette maigrelette mais à la vitalité avérée,

et pour finir un cheval de trait au souffle fatigué.

Cet équipage ne payait pas de mine face aux pelages, plumages

et autres robes peignés avec soin qui entouraient le monarque

dont la peau n’a plus besoin d’être montrée.

La requête fut présentée comme il se doit.

Elle reçut un accueil incertain ou, disons-le, plutôt froid.

Le crapaud ne savait que dire et les courtisans ne voyaient pas la raison à supplique.

Car enfin… que faisaient-là les lamentations de cette plèbe, qui ne les concernaient pas.

Ne leur demandait-on pas de fournir uniquement, par travail forcé,

le besoin à la couronne et de ses flatteurs, sans plainte aucune  ? !

Que venait faire, ici, cet encombrant sanglier  ?

Ce fut le cochon qui leur apporta son aide.

Mais n’y voyez pas dans ce salut, une habitude de ce dodu rose à la queue tire-bouchonnée.

Lui ne savait que tondre et non point être tondu.

C’est qu’il comprit vite comment menace pesait sur ses intérêts par ce cousin destructeur.

Qui payerait l’impôt, la dîme et la gabelle, si ceux-là n’avaient plus rien à donner  ?

Il sut, bien entendu, faire part de son tourment à son crapaud d’acolyte.

Celui-ci n’eut point de peine à comprendre,

malgré la taille de ses réflexions qui n’avaient d’égale que la sienne.

Mais la simplicité de la chose était à sa portée.

Pour les courtisans aussi, une fois que l’on fit l’effort de les motiver.

Cette fois, la clameur de cette ambassade gagna les cours et le trône.

« Envoyons les loups  ! » cria un renard. « Que cette mauvaise bête ne soit plus. »

« Mais qui nous protégera durant cette action  ? » s’inquiéta une oie peureuse.

Et les avis furent partagés. Le souverain trancha.

Il commanderait aux loups de partir en campagne, ramener la tête de cet importun.

Aux simples examens était ce crapaud-roi qui se voyait impitoyable.

La meute s’élança. La battue s’organisa. Et le sanglier s’échappa.

Discret sut se faire le barbare, attendant la fin de cette vague de force et de crocs affichés,

peu surprenante en vérité.

À la fin de cette équipée, la garde prétorienne dut s’en retourner.

S’ils avaient empêché notre sanglier d’agir,

ils n’avaient point ramené sa tête.

Et la bête revint, bien entendu, remplir la place laissée vide.

Il fallait bien qu’il contente son appétit vorace, n’ayant aucune peur du souverain de ce pays.

Le crapaud insatisfait ne savait plus que faire.

Un chien racé de grande taille, aux oreilles pendantes et au museau allongé

se présenta devant lui  :

« Roi  ! » aboya-t-il. « Un danger menace ton royaume.

Tu lui as envoyé tes chiens de guerre, mais la bête vit toujours.

Moi, je puis résoudre ce péril. Me laisseras-tu partir et agir à ma guise  ? »

Gloussements, murmures et chuchotis accompagnèrent ses paroles

fort peu convenables devant ce seigneur.

Le crapaud s’interrogea, le cochon ne sut que dire.

Car le chien, depuis l’avènement de ce souverain, n’était plus en odeur de sainteté.

Gardien vigilant de cette terre depuis des lustres,

il s’était vu déposé au fond de cette cour sans en connaître la raison,

car la raison du crapaud-roi n’appartient qu’à lui.

Mais le chien est fidèle. S’il ne reconnaît plus son maître, il reste attaché à la couronne.

« Fort bien  ! » coassa finalement le crapaud.

« Puisque tu prétends mieux faire que mes loups rassemblés. Va  ! Et ramène-moi sa tête. »

Et le chien partit en chasse.

Le voilà, parcourant les domaines, cherchant la trace de son gibier,

humant l’air de sa truffe aiguisée, scrutant,

interrogeant les habitants de ses terres inquiètes qui lui faisait bon accueil,

car le chien est reconnu dans ses contrées où le loup est craint.

Et il trouva son sanglier.

Le face-à-face resta dans les mémoires et fut raconté ainsi  :

Dans un bois clairsemé, notre chien attendit sa proie de pattes fermes et la queue fébrile.

Il savait le voir passer par là pour y rechercher son plat favori.

Le rustre fit son entrée, comme à son habitude,

mais trouva devant lui un obstacle inattendu.

« Toi le sanglier  ! » aboya-t-il. « Tes agissements sont contraires à la horde.

Je t’ordonne de t’arrêter  ! »

Ce digne commandement fut à la hauteur, la bête chargea.

Le limier s’effaça devant cette course effrénée,

pour mieux saisir une cuisse sans défense laissée par notre barbare à l’allure si puissante.

Le sanglier se débattit avec rage,

tentant de faire lâcher prise ce mammifère au mordant si accrocheur.

Mais il tint bon.

Sa proie s’épuisa puis s’écroula dans un dernier cri de révolte.

Le chien restait agrippé à sa jambe.

« Tu as gagné  ! » haleta le vaincu blessé.

« Achève-moi donc que ton maître puisse se glorifier de ma tête. »

Le gardien n’en fit rien.

Il obtint de ce félon qu’il rentrât dans la horde.

Sa furie devint force. Le désordre provoqué fut réparé par celui-là même qu’il l’avait créé.

Contre sa subsistance, le sanglier devint allié de ces herbivores autrefois niés

qui se trouvaient téméraires devant la bête domestiquée.

Et l’ordre fut rétabli.

De retour devant son souverain, le chien fut récompensé comme il se doit.

Il fut banni des cours.

Il ne plut point au seigneur de se retrouver sans tête à exhiber.

Mais il sut être implacable pour ce chien à la juste mesure.

Le cerbère s’était montré juge, alors qu’il le voulait bourreau.

Et qu’importe si à la fin, le sanglier rendait bien des services.

Car pour notre crapaud la loi du plus fort est toujours la meilleure.

 

Ce vieil adage est toujours respecté, semble-t-il  ?

Et pourtant…

Qui du bourreau implacable ou du juge impartial détient la vérité  ?

Il appartient à chacun d’en juger.

La seule assurance de cette histoire, mes frères, est que la force n’est rien sans la concorde obtenue.

 

 

 

 

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Published by Jehanne des Rivières - dans Fables
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commentaires

nadia-vraie 12/08/2010 20:01


Bonjour Jehanne,j'ai pros le temps de lire ton conte et j'ai beaucoup aimé,il porte à réflexion et merci d,avoir publié dans ma communauté.
Pour tes entractes,j'aime beaucoup et je n'ai ^pas vu à quel endroit laisser des commentaires.
à bientôt Jehanne.


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